La maltraitance des stagiaires dans les professions de santé: une réalité troublante

(2026)

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Contexte: En Fédération Wallonie-Bruxelles, la formation de bachelier en soins infirmiers inclut environ 2 300 heures de stages répartis sur quatre ans. Ces stages sont des lieux essentiels pour confronter la théorie à la réalité et consolider les connaissances. Il a été malheureusement constaté que lors de ces épreuves, se perpétuent souvent en silence, des comportements maltraitants à l‟égard des étudiants. Cette réalité professionnelle bénéficie d‟une certaine médiatisation mais est insuffisamment investie par la recherche. En France selon l'ANESF (2023), 61 % des apprenants déclarent ressentir un sentiment de maltraitance en stage. Dans un contexte de pénurie croissante de soignants, cette problématique constitue un enjeu de santé publique majeur. Il touche à la fois le bien-être des étudiants, la qualité de leur formation, l'attractivité et la rétention durable des professionnels dans les soins de santé. Contenu: Ce mémoire explore la maltraitance des stagiaires dans les professions de santé, avec un focus sur la profession infirmière. Le cadre théorique mobilise notamment les travaux du Pr Hesbeen, l'ouvrage Omerta à l'hôpital (Auslender, 2017) et autres. L‟étude distingue plusieurs formes de maltraitance : physique, psychologique, sexuelle et par négligence. La maltraitance psychologique avec un caractère insidieux est celle la plus répandue. L'analyse en identifie les sources à quatre niveaux : individuel, relationnel, institutionnel et culturel. Les notions de bienveillance et de bientraitance sont posées comme horizons éthiques de la relation formative. Méthodologie: La recherche adopte une démarche qualitative exploratoire à visée descriptive et compréhensive. Elle repose sur une triangulation de deux catégories de participants : six témoins privilégiés (cadres institutionnelles et académiques) et huit infirmiers diplômés en activité en Belgique francophone, aux profils variés. Les données ont été collectées via des entretiens semi-directifs individuels conduits entre janvier et mars 2026, puis soumises à une analyse thématique mise en relation avec le cadre théorique. Résultats et préconisations: Les résultats soutiennent que la maltraitance est un phénomène structurel, non réductible à des comportements individuels isolés. Elle se manifeste principalement sous forme de violence symbolique dans des contextes de pénurie, de surcharge et d'encadrement pédagogique insuffisant. Ses impacts sont multidimensionnels : perte de confiance, détresse psychologique, abandon de formation, orientations professionnelles durablement influencées. Des inégalités liées au genre et à l'origine sont également mises en lumière dans les entretiens. Face à ce constat, cinq axes de préconisations sont proposés: renforcer la formation pédagogique des encadrants ; formaliser un projet pédagogique dans chaque lieu de stage ; créer des espaces sécurisés de parole et de recours; intégrer la responsabilité partagée sans culpabiliser les victimes ; inscrire la bientraitance comme priorité institutionnelle et politique. Comme le rappelle l'un des témoins rencontrés, « former des soignants bien traités, c'est former des soignants capables de bien traiter ».