L’histoire comme outil de projet : transformation d’un ensemble moderniste déserté

(2026)

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Ce travail analyse la Cité administrative de l’État à Bruxelles à travers le concept de palimpseste urbain, emprunté à André Corboz, qui conçoit le territoire comme une surface constamment réécrite dont les strates passées demeurent lisibles. Appliqué au site situé entre la place du Congrès et le boulevard Pacheco, cet outil permet de retracer chronologiquement les transformations qui ont façonné le lieu depuis le XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Le quartier du Marais, initialement champêtre, est d’abord restructuré par l’urbanisme haussmannien et la création de la place du Congrès. Au XXe siècle, les travaux de la jonction ferroviaire Nord-Midi détruisent le tissu résidentiel existant et ouvrent la voie à l’implantation de la Cité administrative, conçue entre 1958 et 1983 par cinq architectes sous l’influence de la Charte d’Athènes. Ce projet moderniste, fondé sur l’urbanisme de dalle et la séparation des flux, constitue une rupture radicale avec le tissu urbain préexistant, tout en proposant des espaces généreux — jardins de René Péchère, esplanade, restaurant, salle polyvalente — destinés autant aux fonctionnaires qu’au public. Les rénovations successives menées par des acteurs privés à partir des années 2000 ont progressivement privatisé, appauvri et fragmenté ce patrimoine. La disparition du jardin de Péchère, la suppression des programmes collectifs et l’enclavement croissant du site ont conduit à une désertification urbaine manifeste. Face à ce diagnostic, le projet de requalification proposé s’inscrit dans une logique d’économie de moyens et de stratification consciente : révéler les qualités enfouies du site, réparer ses ruptures urbaines et y réintroduire une mixité fonctionnelle capable de redonner vie à cet ensemble moderniste.