De L'Homme qui rit au Joker - Figures grotesques et critique sociale : Etude intermédiale et diachronique

(2026)

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Gwynplaine et le Joker, malgré leur écart temporel et médial, partagent bien plus qu’une simple ressemblance physique. C’est le postulat de ce mémoire : du roman de Victor Hugo, L’Homme qui rit (1869), au film de Todd Phillips, Joker (2019), un même visage grimaçant perdure pour véhiculer une critique sociale. Cette filiation visuelle n’est pas une coïncidence, mais la manifestation d’une esthétique persistante – celle du grotesque – qui invite à une comparaison plus large entre les deux œuvres. Notre recherche vise ainsi à montrer comment l’esthétique grotesque articule permanence critique et renouvellement à travers les époques et les médias. Pour ce faire, des rapprochements préliminaires seront établis entre les deux œuvres : la filiation entre Gwynplaine et le Joker, la confrontation de leurs univers diégétiques, puis l’analyse des procédés stylistiques mis en œuvre par l’auteur et le réalisateur pour dénoncer l’injustice sociale. Pour appréhender l’esthétique grotesque, nous mobiliserons les théories de Kayser et Bakhtine pour faire apparaître ses fondements. Dans notre analyse, une part importante sera consacrée à la corporéité et plus particulièrement au rire – à la fois stigmate et instrument coercitif et normatif – et au motif du masque en tant qu’outil pour penser la marginalité et formuler une critique sociétale. Rejetés de la société et sommés de s’y conformer, Gwynplaine et Arthur Fleck se transforment en bouffons de cour, une métamorphose envisagée à l’aune des systèmes d’exclusion conceptualisés par Michel Foucault. L’étude de leur parole subversive, héritée de la tradition carnavalesque, permettra de mettre en lumière sa propension à renverser les normes établies. Par cette analyse comparée, nous verrons que le grotesque, par sa portée critique, invite à interroger les normes en vigueur.