Au revers de l'écriture naturaliste : Les dispositifs de visibilité chez Émile Zola
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- Le personnage zolien est un observateur. Son regard, tendu vers la réalité qui l’entoure, fait pourtant l’épreuve de son échec. Spectaculaire, immaîtrisable, la réalité qu’il tente de percevoir reste lointaine, étrangère, qu’elle soit construite, organisée, ou non. Le visible génère une attente, une frustration et le personnage zolien cherche à voir encore plus, encore mieux, en dépassant les obstacles. Comme la jeune fille face à la mer qui tente de percevoir plus nettement les traits brouillés de la voile d’un bateau qui se dessine au loin. Comme l’enfant qui cherche dans le panorama parisien le dôme des Invalides. Comme la foule assistant à un défilé qui veut voir à tout prix le jeune prince impérial caché dans sa voiture. Comme le spectateur de théâtre qui cherche du regard un ami dans la salle comble. La conquête de Plassans, Son Excellence Eugène Rougon, Une page d’amour, La joie de vivre, et plus ponctuellement La curée présentent des personnages observateurs du monde, mais des observateurs parfois insatisfaits, souvent contraints par un dispositif qui cadre le visible. Notre réflexion parcourt les enjeux de la constitution du visible et de sa mise en crise à la lumière de quatre dispositifs de visibilité qui, censés permettre une saisie immédiate et évidente du monde, se montrent finalement menacés et fragiles : la fenêtre, le panorama, le défilé et les scènes de théâtre dévoilent ainsi les limites de l’esthétique naturaliste. Fervent défenseur d’un naturalisme théorique, Zola se découvre moins sûr de lui et engage une esthétique critique dans son rapport à la réalité. Conscient de son propre regard qui compose l’écriture et contrôle le mot, le romancier à l’œuvre déploie un naturalisme critique de la vision et de ses empêchements.