Entre intentions et pratiques : Évaluation du processus du programme nutritionnel de prévention des maladies non transmissibles au Bénin : Étude qualitative des interventions de la Fondation Hubi et Vinciane en partenariat avec Louvain Coopération

(2026)

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Le Bénin est confronté à un double fardeau nutritionnel : la sous-alimentation persiste dans les zones rurales tandis que la transition nutritionnelle engendre une progression rapide des maladies non transmissibles (MNT), notamment le diabète et l'hypertension artérielle. Dans ce contexte, la Fondation Hubi et Vinciane (FHV), en partenariat avec Louvain Coopération (LC), met en œuvre un programme d'éducation nutritionnelle dans le département du Borgou, à destination de personnes à risque de diabète et d'hypertension. Ce mémoire interroge l'efficacité du processus de ce programme en posant la question suivante : les interventions menées par la FHV, notamment l'éducation nutritionnelle et les actions de sensibilisation, exercent-elles une influence sur les connaissances, les pratiques alimentaires et les facteurs de risque liés au diabète et à l'hypertension dans le département du Borgou ? Si une influence est observée, quels en sont les mécanismes et les limites ? Une approche qualitative a été privilégiée pour comprendre les perceptions et les pratiques des bénéficiaires. L'étude a été menée lors d'une immersion de six semaines à Parakou (novembre-décembre 2025). La population étudiée est répartie dans trois villages de Parakou (Wansirou, Agbagba et Baka), ces personnes sont identifiées à risque de MNT et participant régulièrement aux activités de la FHV. Les instruments de collecte sont : des entretiens individuels semi-directifs et un focus group dans un village de comparaison, Komiguea. L'analyse des données a suivi trois phases successives : analyse thématique par village, analyse comparative croisée entre les trois villages bénéficiaires, puis confrontation avec le village de comparaison, dans un objectif de triangulation et de saturation thématique. Le programme révèle un succès pédagogique, les bénéficiaires maîtrisent les quatre principaux facteurs de risque nutritionnel enseignés (excès de sel, de sucre, d'huile et des bouillons cubes) et rapportent des effets positifs perçus sur leur santé, tels qu'une sensation de légèreté, une baisse de la tension artérielle et une réduction de la fatigue. Contrairement aux habitants du village de comparaison, les bénéficiaires disposent de connaissances nettement plus structurées sur les MNT et leurs facteurs de risque. Toutefois, l'étude met en évidence un décalage structurel entre le « savoir » et le « faire ». Si l'intention de changer est exprimée, la confirmation d'une modification réelle et durable des comportements semble difficile à établir. La persistance de l'usage du bouillon cube, malgré la connaissance de sa nocivité, illustre ce fossé entre connaissance et pratique. Les barrières économiques constituent un des freins principaux. Par ailleurs, un fort biais de désirabilité sociale a été observé, les participants adoptant fréquemment une posture de « bons élèves » lors des entretiens. Ces résultats répondent à la question de départ en confirmant que le programme exerce bien une influence sur les connaissances et les intentions des bénéficiaires, mais que cette influence reste partielle sur les pratiques, en raison de contraintes socio-économiques et de l'écart entre l’intention déclarée et le comportement réel. La pérennisation du programme exige une stratégie d'empowerment communautaire qui dépasse la seule transmission des savoirs, en sécurisant l'accès aux ressources et en renforçant l'encadrement et les relais locaux.