Démolir ou bâtir avec ce qui reste : réhabiliter le patrimoine ancien. Le cas du Mont-de-piété de Tournai
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- En Wallonie, des bâtiments classés se dégradent faute d’entretien, jusqu’à ce que la démolition s’impose comme seule issue économiquement défendable. Le Mont-de-Piété de Tournai en est un exemple : édifice du XVIIe siècle classé, il est abandonné depuis 2022. Cependant, la lisibilité de l’édifice demeure intact : la charpente en chêne, les voûtes et les portiques en bois sont d’origine. Sept affectations successives en quatre siècles témoignent d’une plasticité fonctionnelle remarquable. Ce palimpseste est en lui-même la preuve que la reconversion est non seulement possible, mais inscrite dans l’identité du bâtiment. Ce travail interroge ce paradoxe : comment un bâtiment patrimonial peut-il, après une longue désaffectation, absorber un changement d’affectation tout en étant révélé ? Quatre principes guident cette réflexion : primauté du déjà-là, réversibilité des interventions, robustesse plutôt que performance, sobriété matérielle, d’après les théories de Philippe Simay, Olivier Hamant, Flore Berlingen et Aloïs Riegl. Le projet suit ces préceptes : chaque geste est justifié et démontable. Les cloisons ne touchent pas les portiques en bois d’origine. Les extensions contemporaines se distinguent du Mont du par leur forme mais leur matériaux dialoguent avec ceux du XVIIe siècle. Chaque intervention est pensée pour respecter le patrimoine classé et pour laisser la place à un huitième cycle de vie et aux suivants. Conserver, c’est une réponse architecturale, écologique et éthique. Et révéler, peut-être plus encore.