Le blâme épistémique : quand, comment et pourquoi les gens blâment-ils les autres pour des croyances injustifiées ?

(2026)

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Face à une croyance erronée, comme celle d'un proche persuadé que la terre est plate, nous ne réagissons pas tous de la même manière : certains blâment sévèrement, d'autres se montrent indulgents. Ce mémoire s'intéresse à ce phénomène, désigné dans la littérature récente sous le terme de blâme épistémique. Ce terme désigne le fait de blâmer un individu pour ses croyances fausses ou injustifiées, plutôt que pour ses actes (Boult, 2021 ; Brown, 2020). Ce travail tente d'apporter une réponse à la question suivante : dans quelle mesure le blâme épistémique attribué face à une croyance erronée dépend-il de la personnalité et du mode régulateur de la personne qui blâme, ainsi que du type de pensées, factuelles ou contrefactuelles, qu'elle est amenée à générer à propos de cette croyance ? Si le blâme moral a fait l'objet d'une littérature psychologique abondante, notamment à travers le « Path Model of Blame » de Malle et ses collègues (2014), le blâme épistémique demeure un objet d'étude récent et peu exploré (Boult, 2021, 2023, 2024 ; Dougherty, 2012 ; Meehan, 2019 ; Smartt, 2023). Ce mémoire vise à combler cette lacune empirique en transposant au domaine épistémique des mécanismes bien documentés dans le domaine moral, tels que le rôle de la pensée contrefactuelle dans l'intensification du blâme (Alicke, 2000) ou l'influence de certains traits de personnalité et du mode régulateur sur ce type de jugement (Bacon et al., 2020 ; Kruglanski et al., 2000). Une étude quantitative pré-enregistrée a été menée en ligne sur la plateforme Qualtrics. Les participants y lisaient des scénarios mettant en scène des protagonistes défendant des croyances erronées et devaient, selon la condition qui leur était assignée aléatoirement, générer des pensées factuelles ou contrefactuelles à leur sujet, avant d'attribuer un niveau de blâme. Le névrosisme, l'agréabilité et le mode régulateur (locomoteur et évaluateur) des participants ont par ailleurs été mesurés à l'aide d'inventaires standardisés. Les données ont été analysées à l'aide de régressions linéaires multiples sous SPSS. Aucune des sept hypothèses formulées n'a été confirmée par les analyses : ni les effets principaux du névrosisme, de l'agréabilité, du mode régulateur ou de la condition expérimentale, ni les effets d'interaction attendus. Ce résultat globalement négatif s'explique vraisemblablement en bonne partie par une puissance statistique insuffisante, l'échantillon final exploitable (87 participants) étant nettement inférieur au seuil requis par l'analyse de puissance a priori. Une interaction exploratoire, non prédite, entre l'extraversion et la condition expérimentale a néanmoins été mise en évidence et pourrait constituer une piste à explorer davantage. Les futures recherches devraient viser un échantillon substantiellement plus large, permettant de déterminer avec davantage de certitude si ces facteurs influencent réellement l'attribution du blâme épistémique.