Mobilisation des femmes dans les conflits fonciers au Cameroun: cas opposant le village Mbonjo à la SOCAPALM
Files
KAKMANI_18122300_2026.pdf
Open access - Adobe PDF
- 2.3 MB
Details
- Supervisors
- Faculty
- Degree label
- Abstract
- L’accès à la terre au Cameroun est marqué par une forme de concurrence, de tensions et de violences impliquant différents types d’acteurs à l’échelle nationale et locale. Ayant hérité de la gestion paternaliste des terres du pouvoir colonial dans les années 1960, l’État camerounais, à travers l’ordonnance n° 74 du 6 juillet 1974 fixant le régime foncier, a le droit de contrôle sur toutes les terres, sur l’étendue du territoire national. Ce droit lui confère le pouvoir absolu de décider de l’usage de toutes les parcelles de terres. Cette étatisation des terres est très souvent la cause de nombreux conflits d’usage de terres. C’est le cas du conflit foncier qui existe entre la SOCAPALM et les populations de Mbonjo. En effet, la SOCAPALM (plus de 50 000 hectares) a été créée par décret présidentiel en 1968 et privatisée en 2000 au profit du groupe agroindustriel SOCFIN. Lors de sa création, les populations ont été expropriées de leurs terres de force et quelques indemnisations non compensatoires ont été faites. Ce fut le début des tensions entre elles et la nouvelle entreprise. Avant la privatisation, ces tensions étaient apaisées au travers de certains services sociaux proposés par l’État. Mais depuis sa privatisation, ces services ont été arrêtés tandis que la démographie galopante de la population locale, le besoin de terres à exploiter a augmenté. Mbonjo est une zone rurale située dans la région du littoral Camerounais, et ayant pour activité principale l’agriculture pour les femmes, la pêche et le commerce pour les hommes. Ce village a subi des profondes transformations à la suite de la privatisation caractérisées par le manque de terres ; ce qui a motivé les populations locales notamment les femmes à créer un collectif dans le but de s’y opposer. Cette étude a consisté à proposer une analyse de « l’histoire par le bas » au sens de Edward Thomson, en portant un regard sur la stratégie d’opposition de ce collectif dans un contexte où les lois et les règles sont définies par les acteurs oppresseurs à savoir l’État et la SOCAPALM. Notre question de recherche était : comment la mobilisation collective des femmes a-t-elle influencé le conflit foncier à Mbonjo ? Pour y arriver, nous avons fait du terrain en tenant compte des différents défis éthiques et émotionnels liés à celui-ci. De ce fait nous avons adopté une démarche empirico-inductive avec pour population cible, les femmes rurales résidantes de Mbonjo. Notre échantillon était constitué de 18 personnes, défini à partir des réalités du terrain. Nous avons adopté trois stratégies non probabilistes pour la collecte des données, à savoir un échantillonnage accidentel, par choix raisonné et par boule de neige. Les principales méthodes de collecte des données ont été l’exploration documentaire, le focus group et les entretiens semi-directifs. Cette étude structurée en quatre (04) chapitres, nous a permis d’identifier les différents facteurs de ce conflit tant sur le plan global que local ; ainsi que les acteurs qui l’alimentent (Etat, SOCAPALM, Elites, Chefs traditionnels, la SYNAPARCAM et le collectif de femmes) et leurs logiques. Nous avons également identifié la stratégie d’opposition de ce collectif de femme qui est la mobilisation collective. Elle est construite à partir du respect du contrat d’engagement, la motivation personnelle et la mobilisation collective et ses effets sur le conflit sont la mise sur pied d’une plateforme de dialogue, la réhabilitation des sites sacrés et l’amélioration des conditions des travailleurs. Elle a deux principales limites qui émergent dans notre travail à savoir, sa portée essentiellement locale qui peut être qualifiée de Nimbisme (une forme de critique), et un réseau d’acteurs très limité. Nous avons à cet effet proposé des pistes d’amélioration notamment la structuration de cette mobilisation collective autour de trois capitaux : le capital social, savant et politique. Ce qui permettrait de passer de la qualification négative qu’on peut avoir de ce mouvement dans sa forme actuelle à savoir le NYMBI, au NYABI (une perception positive qu’on reconnait au mouvement d’opposition). Au regard de nos analyses, cette étude débouche sur l’hypothèse selon laquelle « la mobilisation collective constitue un levier majeur de transformation des rapports de pouvoir au profit des groupes dominés dans un contexte conflictuel ».