Avec les mains : La main dans l'art contemporain comme figure Trans et allégorie possible de la plasticité

(2023)

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« Pourquoi les œuvres qui représentent des mains ne constituent pas un genre en soi, au même titre que celles qui représentent des fleurs sont des natures mortes ou celles figurant un visage, des portraits ? ». À partir de cette question de typologie, ce travail déplie une réflexion sur l’homonymie genre/genre, le genre comme classement social des individus et comme classification artistique. Il s’agit de comprendre, avec l’historienne de l’art Magalie Latry, les hiérarchies et les rapports de valeur consubstantiels qui fondent les partitions genrées en art. A défaut d’être un genre historique et prédéfini, comment les œuvres avec les mains peuvent-elles faire un genre ? À la manière de Derrida, on demande à ces œuvres de répondre, de témoigner et de dire ce qu’elles ont à dire quant à la loi du genre . Trois créations d’art contemporain sont abordées en particulier : le diorama Le mystère de la création sans les mains, une nativité (2012) de Pauline Curnier Jardin, la vidéo Faces (2014) de David de Tscharner et une photographie de la série des Craniologie (1973) de Ketty la Rocca. Elles permettent de comprendre la logique de genre qui sous-tend l’évolution de la représentation des mains dans l’art depuis la période classique jusqu’à nos jours où cette figure est particulièrement plébiscitée. On peut se rendre compte que c’est à la faveur du passage progressif du système des Beaux-Arts à celui des arts plastiques que la main est devenue un sujet à part entière. Une transition qui s’envisage, avec Jacques Rancière, comme une histoire autant sociale qu’artistique. Les trois œuvres étudiées témoignent du fait que cette transition est une histoire de transformations et de métamorphoses, une évolution sous-tendue par un changement de paradigme de l’identité à la pratique. Elles montrent comment une pensée de la plasticité prend acte de ce passage de l’ordre de l’être à l’ordre du faire et la pose en tant que nouveau concept épistémologique. Ces œuvres d’arts plastiques révèlent une nouvelle figuration possible de la main et permettent d’identifier la figure de la main dans l’art contemporain comme figure Trans et possible allégorie de la plasticité.
Beginning with the question, "Why don't works depicting hands constitute a genre in their own right, in the same way that works depicting flowers are still lifes and works depicting faces are portraits?", this work unfolds a reflection based on the homonymy gender / gender, the term defining both 'social sex' and artistic genres. If these works are not a predefined historical genre, how can they make one? We'll focus on three artworks in particular: Pauline Curnier Jardin's diorama Le mystère de la création sans les mains, une nativité (2012), David de Tscharner's video Faces (2014), and Ketty la Rocca's photograph from the Craniologie series (1973). These works with hands are requested to reply, bear witness, and speak what they have to say regarding the law of gender as coined by Derrida . These pieces help in understanding the gender logic that underpins the evolution of the representation of hands in art from the classical period to the present day, when this figure is especially popular. The hand became a topic in its own right with the gradual move from the Beaux-Arts system to that of the plastic arts. This change, according to Jacques Rancière, can be regarded as both a social and an aesthetic one. Each of these three artworks demonstrate that this transition is a story of transformations and metamorphoses: it is a progression anchored by a paradigm change from identity to practice. They demonstrate how a way of thinking about plasticity recognizes this change from the order of being to the order of acting and offers it as a new epistemological concept. These contemporary works of art demonstrate a potential new figuration of the hand, enabling us to recognize the hand as a Trans figure and perhaps an allegory of plasticity.