L’internationalisation du renminbi constitue-t-elle une menace à l’hégémonie du dollar ? Analyse des conditions historiques de la domination monétaire appliquée au cas chinois
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- Bien que la Chine soit devenue la deuxième économie mondiale, le renminbi ne joue qu’un rôle marginal dans le système monétaire international, son indice d’usage international étant comparable à celui du dollar australien. La situation rappelle celle des États-Unisavant 1913, première puissance économique dont la monnaie demeurait pourtant dépendante de la livre sterling. Ce travail reconstitue, à partir de l’expérience historique, les conditions de l’accession d’une monnaie au rang de monnaie dominante, afin d’y situer les États-Unis et la Chine. L’analyse s’appuie sur un cadre en quatre dimensions, la séquence productive, commerciale et financière identifiée par Wallerstein augmentée d’une dimension institutionnelle, appliqué aux trois puissances qui ont dominé le système-monde capitaliste puis à la trajectoire chinoise depuis 1949. Il en ressort que la domination monétaire n’intervient qu’au terme de la séquence. La Chine a conquis une primauté commerciale comparable à celle des trois hégémons, mais sa productivité et sa maîtrise technologique restent en deçà du niveau américain, sa sphère financière demeure immature, et son État maintient sur le capital un contrôle qui inverse le rapport institutionnel observé dans les trois cas précédents. Elle occupe ainsi une position sans équivalent historique, celle d’une internationalisation asymétrique où les instruments du stade monétaire sont déployés avant que les stades financier et institutionnel ne soient achevés. Le renminbi ne constitue donc pas, en l’état, une menace crédible à l’hégémonie du dollar, dont le principal risque vient des États-Unis eux-mêmes, l’usage coercitif de leur monnaie affaiblissant la confiance qui en fonde la détention.