L'intégration de l'intelligence artificielle générative par les enseignants universitaires : mécanismes d'adoption, tensions identitaires et perspectives de réhumanisation
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- L'intégration de l'intelligence artificielle générative dans les auditoires soulève aujourd'hui des questions fondamentales sur la nature de l'enseignement supérieur. Si de nombreuses études se sont rapidement penchées sur la manière dont les étudiants s'approprient ces outils, ce travail prend le parti d'observer l'autre côté de l'auditoire : les professeurs, qui doivent faire face à des machines capables de produire du contenu. Pour répondre à cette question, nous avons mené une recherche qualitative basée sur des entretiens semi-directifs auprès de quatre professeurs de la Louvain School of Management. Pour donner du sens et analyser ces témoignages recueillis, nous les avons croisés avec trois grilles de lecture : le connectivisme pour comprendre cette nouvelle forme d'apprentissage en réseau, le modèle UTAUT pour analyser les mécanismes d'adoption de l'outil, et la théorie de l'identité professionnelle pour faire ressortir les éventuels conflits internes. Ce qui ressort de notre terrain va souvent à l'encontre des attentes théoriques. Les professeurs ne sont nullement imposés d’utiliser la technologie par la direction de l'université, l'utilisation de l'IA est un choix personnel des professeurs, principalement motivés par la curiosité et l'envie de gagner du temps. Un autre point contraire aux prédictions du modèle classique : l'âge n'est absolument pas un obstacle. Au contraire, les enseignants les plus expérimentés s'appuient sur leur maturité pour utiliser ces outils avec beaucoup de recul et de stratégie. Finalement, le principal frein à l'adoption n'est pas technique, mais bien éthique, les professeurs se montrant particulièrement soucieux de la confidentialité des données et du respect de la propriété intellectuelle. Sur le plan pédagogique, l'enseignant délaisse son rôle traditionnel de transmetteur de savoirs pour endosser celui de guide et de facilitateur. Ce changement n’a pas émergé avec l’IA, mais a commencé à l’ère d’internet, où le savoir a commencé à se décentraliser hors des personnes, selon les professeurs. L'outil l'oblige à se réinventer, ce qui nécessite des modifications concernant les méthodes d'évaluation. Face à la facilité de la triche assistée par l’IA et à l'inefficacité des logiciels de détection, les enseignants réagissent en abandonnant les travaux de synthèse à domicile au profit d'un retour aux examens oraux et aux cas pratiques en classe. Pour conclure, le principal constat de ce travail va à l'encontre des craintes habituelles. Contre toute attente, l'intelligence artificielle donne en réalité un espoir de réhumaniser les auditoires. En laissant à la machine le soin de gérer les tâches mécaniques, répétitives et théoriques, le professeur récupère du temps pour les élèves. Il peut ainsi se consacrer pleinement à l’essence de son métier : l'interaction humaine, le débat et le développement de l’esprit critique.