Du vagabond au migrant extra-européen : généalogie de l’immobilisation dans le régime frontalier européen (1985-2024)

(2026)

Files

Pitzus_67681800_2026.pdf
  • Closed access
  • Adobe PDF
  • 1.31 MB

Details

Supervisors
Faculty
Degree label
Abstract
L’Europe déploie toujours plus d’outils pour renforcer ses frontières et entraver la mobilité des personnes. Cette immobilisation peut sembler contre-intuitive dans un espace où la libre circulation est l’un des symboles de l’intégration européenne. Ce mémoire part de ces contradictions pour tenter d'expliquer l’idée selon laquelle le contrôle migratoire de l’Union européenne ne se comprend pas comme une simple réaction à des « crises », mais comme la reproduction d’un mécanisme plus ancien : la manière dont une communauté politique se définit en désignant ceux qui ne mériteraient pas d’en faire partie. La transposition de la notion de communauté de valeur de l’échelle nationale à l’échelle européenne constitue l’apport propre de ce travail. Pour le démontrer, ce mémoire remonte le fil de l’histoire, des lois contre les vagabonds de l’Angleterre des enclosures jusqu’au Pacte européen sur la migration et l’asile de 2024, puis analyse la construction du régime de frontière européen, de l’héritage pré-Schengen à 2024. Trois constats se dégagent de cette généalogie. D’abord, les outils de contrôle précèdent régulièrement les « crises » censées les justifier. En outre, le droit contribue à fabriquer lui-même l’« illégalité » qu’il dit combattre. Enfin, en analysant le sort réservé aux exilés extra-européens, cette recherche révèle que ce tri suit des lignes largement racialisées, héritées des logiques de l’État-nation post-impérial. Sous le prisme du dé-nationalisme méthodologique, l’ensemble invite à déplacer le regard car le « problème migratoire » en dit moins sur ceux qui arrivent que sur la communauté qui trie.