Quel est le vécu des jeunes adultes transgenres (18-30 ans) dans leur rapport avec le système de santé en Belgique ? Analyse du vécu et des parcours de soins
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- Les personnes transgenres constituent une population particulièrement exposée aux inégalités de santé. La Belgique dispose pourtant d'un cadre légal considéré comme progressiste, fondé sur les principes d'autodétermination consacrés par les lois de 2017 et 2023. Ce décalage entre des droits formellement reconnus et des difficultés persistantes dans l'accès aux soins reste peu documenté dans le contexte belge francophone, où les travaux qualitatifs centrés sur la parole des personnes concernées demeurent rares. Ce mémoire, né d'un constat clinique posé en contexte d'urgences psychiatriques, explore le vécu des jeunes adultes transgenres dans leur rapport au système de santé belge. Une approche qualitative exploratoire a été adoptée. Huit entretiens semi-structurés ont été menés auprès de jeunes adultes transgenres âgés de 18 à 30 ans, résidant en Belgique. Les données ont été analysées par démarche thématique, par codage des unités de sens puis organisation en thèmes et sous-thèmes. Les résultats mettent en évidence un vécu marqué par une tension persistante entre le cadre légal et la réalité de terrain. Ce décalage se manifeste à trois échelles. À l'échelle du système de santé, les participants décrivent des délais d'attente prolongés, une fragmentation des soins, des démarches administratives inadaptées et des inégalités d'accès selon le lieu de résidence. À l'échelle de la relation soignant-soigné, le mégenrage, les questions intrusives, le manque de formation des professionnels et la remise en cause de l'autodétermination constituent des expériences récurrentes, tandis que les expériences positives rapportées reposent principalement sur des initiatives individuelles plutôt que sur une organisation structurée de l'offre. À l'échelle individuelle, les participants développent des stratégies d'adaptation, auto-information, recours à la paire-aidance, identification de professionnels perçus comme « safe », renoncement aux soins, afin de pallier les manques d'un système insuffisamment adapté à leurs besoins. Ces obstacles s'accumulent et interagissent selon une dynamique syndémique, produisant des répercussions importantes sur la santé mentale, que le Minority Stress Model permet d'éclairer. Ce travail souligne la nécessité d'harmoniser les protocoles entre centres, de développer l'offre transaffirmative sur l'ensemble du territoire, de transformer les pratiques professionnelles par la formation, et de reconnaître et financer la paire-aidance dans une perspective de santé publique et de réduction des inégalités.