L'autorité et la légitimité du manager dans un contexte de digitalisation et d'individualisation au travail
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- Les transformations contemporaines du monde professionnel, propulsées par l’essor continu du numérique et l’affirmation des trajectoires individuelles, remettent profondément en question les fondements hiérarchiques traditionnels des organisations. Au cœur de cette dynamique, cette recherche explore la manière dont l’évolution de l’autorité managériale et de ses sources de légitimité est perçue par les acteurs de terrain. L’analyse théorique met en avant le passage d’une autorité statutaire et formelle, tirée du modèle wébérien, vers une autorité paradoxale et relationnelle. Ce concept s’inspire de la nécessité d’une reconnaissance collective continue (Eraly), sur le rôle crucial du manager intermédiaire en tant que créateur de sens et traducteur stratégique (Weick, Dietrich), et sur l’impact de l’intelligence émotionnelle (Goleman). Les auteurs analysent également comment le management algorithmique transfère le contrôle vers des outils automatisés, obligeant le manager à jouer un rôle de médiateur face à ces technologies. Afin de confronter ces concepts à la réalité organisationnelle, une démarche qualitative et exploratoire a été privilégiée. L’étude empirique repose sur dix-huit entretiens semi-directifs menés auprès d’un panel hétérogène comprenant six managers et douze salariés. Ces acteurs sont issus de secteurs très variés (logistique, finance, droit, grande distribution, ingénierie), ce qui permet de capturer les multiples facettes de l’individualisation et de la digitalisation. Les conclusions des interviews montrent l’obsolescence du management directif et autoritaire au profit du “manager-coach”. Maintenant, la légitimité ne se décrète plus uniquement par le simple titre hiérarchique mais se travaille au quotidien. Elle repose aujourd’hui sur un équilibre entre expertise technique du métier et une certaine intelligence émotionnelle. Enfin, même si la digitalisation permet d’offrir des outils de suivi en temps réel, elle entraîne un risque de déshumanisation des rapports de travail, que seul le maintien d’une relation de confiance absolue peut contrer.