La transmission orale infirmière de fin de shift en soins intensifs : pallier la fragmentation numérique pour assurer la continuité des soins.

(2026)

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Introduction : Aux soins intensifs, l'informatisation du Dossier Patient Informatisé (DPI) s'est imposée comme la norme pour centraliser et tracer les données cliniques. Pourtant, malgré cette numérisation, les infirmiers continuent de se réunir à chaque fin de shift pour se transmettre les informations à l'oral. Ce mémoire s'intéresse au rôle que joue cette transmission orale infirmière de fin de shift face à la fragmentation numérique du DPI, dans une perspective de continuité des soins. La question de recherche est la suivante : quel rôle joue la transmission orale infirmière de fin de shift en soins intensifs face à la fragmentation numérique, dans une perspective de continuité des soins ? Méthode : Une étude qualitative descriptive a été menée à partir de dix entretiens individuels semi-structurés, réalisés auprès d'infirmiers travaillant en soins intensifs adultes et pédiatriques au sein d'un même hôpital universitaire. Les données ont été analysées selon une analyse de contenu thématique, avec une approche essentiellement inductive, structurée en quatre phases : imprégnation, codage initial, catégorisation thématique et analyse. Résultats : Le DPI, bien qu'il centralise efficacement les données explicites, fragmente l'information entre plusieurs onglets et impose au soignant un effort de recomposition mentale important. Face à cette fragmentation, la transmission orale remplit trois fonctions essentielles : une fonction cognitive, en structurant la pensée clinique et en offrant une vision globale du patient ; une fonction relationnelle, en soutenant la cohésion d'équipe ; et une fonction émotionnelle, en offrant un espace de régulation du stress propre au métier. Cette transmission reste toutefois une pratique fragile, soumise à des contraintes organisationnelles, cognitives et relationnelles, et marquée par une forte variabilité inter-individuelle liée notamment à la confiance entre collègues et à des indices matériels indirects. Conclusion : Cette recherche montre que la transmission orale reste un acte à la fois clinique, relationnel et humain, dont le rôle face à la fragmentation numérique ne peut être réduit à une simple fonction informationnelle. Ce travail propose des recommandations concrètes pour la pratique, portant sur l'organisation du temps et du lieu de transmission, la priorisation du contenu oral, et le climat relationnel entre soignants, avant d'ouvrir sur plusieurs perspectives de recherche future, notamment autour de l'intelligence artificielle.