Evaluation des effets de la réforme linguistique de 2009 au Rwanda sur l’autonomisation des femmes

(2025)

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Depuis le début des années 2000, le Rwanda s’est engagé dans une série de réformes éducatives ambitieuses dans le but de reconstruire son système scolaire et d’inscrire son développement dans une logique d’ouverture régionale et internationale. Parmi celles-ci, la réforme linguistique de 2009 constitue un tournant majeur : elle impose l’anglais de manière soudaine comme langue d’enseignement dans le primaire et secondaire, en remplacement du français. Ce mémoire s’intéresse spécifiquement à l’impact de cette réforme sur l’autonomisation des femmes rwandaises, en s’appuyant sur deux idées centrales de la littérature. D’une part l’idée que l’éducation est positivement liée à l’autonomisation des femmes et d’autre part, que la réforme linguistique de 2009 a eu un effet négatif sur l’éducation. Ce mémoire évalue si et comment la réforme linguistique de 2009 au Rwanda a influencé l’autonomisation des femmes, via ses effets sur le capital humain. L’hypothèse est qu’elle pourrait avoir, en menant à une moins bonne éducation, freiné le processus d’autonomisation féminin au Rwanda. Pour tester cette hypothèse, ce mémoire mobilise les données des enquêtes Demographic and Health Surveys et applique une stratégie en différences de différences. L’approche compare l’évolution d’indicateurs d’éducation et d’autonomisation entre le Rwanda (pays traité) et la Tanzanie (pays témoin), avant et après la réforme, en excluant les cohortes partiellement exposées pour renforcer l’identification. La crédibilité de cette approche repose sur la proximité des tendances pré-réforme entre les deux pays, confirmée graphiquement, et sur le fait que la Tanzanie n’a connu aucune réforme majeure de l’éducation dans la même période. Il est toutefois important de souligner que cette réforme linguistique a concerné les mêmes cohortes que d’autres changements éducatifs majeurs au Rwanda, tels que la gratuité du secondaire inférieur (Nine-Year Basic Education), l’introduction du double shifting et la réduction du nombre de matières. Ces réformes, mises en œuvre simultanément, rendent leurs effets empiriques difficilement dissociables de celui de la réforme linguistique dans les données disponibles. Les résultats présentés doivent donc être interprétés comme l’effet combiné de ces politiques. Les résultats montrent que, chez les femmes exposées, la durée de scolarisation a nettement augmenté, sans toutefois s’accompagner d’une amélioration significative de la littératie. Cela suggère que l’accès à l’école s’est élargi sans que la qualité de l’enseignement ne progresse. De plus, aucun effet spécifique n’apparaît sur les indicateurs d’autonomisation ou de violences conjugales. Ces constats mettent en lumière une tension fondamentale : sans amélioration de la qualité éducative et sans mise en place d’un environnement favorable, l’allongement de la scolarité ne garantit pas un renforcement durable de l’autonomisation féminine. Ce travail contribue à la littérature en proposant la première évaluation quantitative de l’impact genré de la réforme linguistique rwandaise. Il est structuré en six parties : après la présentation du cadre institutionnel et politique de la réforme, une revue critique de la littérature situe la problématique dans les débats académiques ; les chapitres suivants détaillent la base de données et la stratégie empirique, puis exposent et discutent les résultats. Une conclusion met en perspective les implications pour la conception de politiques éducatives plus sensibles aux enjeux de genre.