La LUCHA et l’alternance en République Démocratique du Congo : subjectivation politique face aux logiques d’encadrement
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- En 2019, la RDC a connu sa première alternance politique pacifique, présentée comme un tournant démocratique. Pourtant, cette transition est indissociable des mobilisations citoyennes qui l’ont précédée, notamment celles de la LUCHA, mouvement né en 2012 à Goma, en marge des centres traditionnels du pouvoir. Porté par des jeunes "sans-parts" qui assument leur refus de l’institutionnalisation et optent pour le leadership horizontal. En exigeant l’alternance dans un contexte de glissement électoral (2015-2018), la LUCHA a bousculé le terrain politique congolais, démontrant qu’une mobilisation locale, décentralisée et portée par des acteurs marginalisés pouvait ébranler l’ordre établi. Cependant, cette lutte s’est heurtée à un système politique verrouillé, où l’alternance a finalement été négociée entre élites, reléguant les aspirations citoyennes au second plan. Notre recherche analyse comment un mouvement né en province, porté par des acteurs sans accès au pouvoir, a-t-il pu déstabiliser l’ordre politique tout en se heurtant à ses limites ? En mobilisant les concepts de subjectivation politique de Jacques Rancière et le concept d’encadrement de Pierre Bourdieu, l’étude éclaire les stratégies de résistance déployées par la LUCHA et les mécanismes de verrouillage du système politique congolais. Une approche qualitative (entretiens avec des militants aux profils variés) révèle leurs perceptions de l’alternance, leurs tactiques pour contourner la répression, et leurs réflexions sur les obstacles systémiques entre espoir de changement et lucidité face à la sédimentation du pouvoir.