Les stratégies d’adaptation des acteurs humanitaires et sanitaires face aux réductions de financement des programmes VIH dans les camps de réfugiés au Tchad

(2026)

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Le VIH demeure une pandémie majeure où on dénombre 40,8 millions de personnes vivant avec le VIH dont 31,6 millions qui ont accès au traitement antirétroviral selon les données de l’ONUSIDA (2024). Dans les contextes humanitaires, la riposte au VIH est particulièrement fragile, et au Tchad l’afflux massif des réfugiés soudanais exerce une pression croissante sur le système de santé du Tchad très limité. Aussi la réduction des financements internationaux avec un déficit de 17% en 2024, menace directement la continuité des programmes VIH, fortement dépendant des financements du Fonds mondial, du PEPFAR et de l’UNHCR. L’objectif de l’étude était d’analyser les stratégies d’adaptation mises en place par les acteurs humanitaires et sanitaires face aux réductions de financement et évaluer leur impact sur la qualité et la continuité des soins VIH dans les camps de réfugiés au Tchad. Un cadre analytique sur la base de la littérature scientifique a permis d’identifier cinq stratégies d’adaptations : la priorisation des services essentiels, le task shifting ou transfert de compétences, l’intégration des services VIH dans les soins de santé primaires, les approches communautaires et les mécanismes de résilience structurelle. Nous avons adopté une approche qualitative descriptive et analytique menée dans les trois camps de réfugiés du district sanitaire d’Iriba (Est du Tchad). Trois acteurs clés ont été interrogés via des entretiens semi-directifs. Les entretiens réalisés avec les acteurs clés de terrain confirment effectivement la mise en œuvre des cinq stratégies d’adaptation. La distribution des ARV, la prévention de la transmission mère-enfant du VIH, et la prise en charge des cas de VIH avancés ont été les activités priorisées. Grâce au task shifting, certaines tâches ont été transférées des médecins vers les infirmiers, les agents de santé de communautés et les pairs éducateurs pour le suivi des patients stables, la recherche des perdus de vue et la distribution des ARV. Les services de VIH ont été intégrés aux consultations générales et cette stratégie a amélioré l’accès aux soins, réduit la stigmatisation et optimisé les ressources. Les approches communautaires sont essentielles pour maintenir les liens et limiter les pertes de vues. Elles ont permis la distribution multi-mois des ARV, la création des groupes d’adhérence, et les visites à domicile ciblées. La mutualisation des ressources inter-ONG, la coordination renforcée, l’amélioration de la gestion des stocks et l’utilisation des données DHIS2 pour le suivi et le plaidoyer ont constitué les mécanismes de résilience structurelle déployés par les acteurs clés. La dépendance chronique à l’aide internationale fragilise la durabilité de la riposte au VIH en contexte humanitaire. Les résultats soulignent l’urgence d’un financement durable, du renforcement des capacités nationales et d’une reconnaissance du rôle central des communautés comme pilier de la résilience du programme VIH.