La construction et la circulation d'une figure sociale. Georges Ibrahim Abdallah dans les cadrages de la presse française (1984-2025).

(2026)

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Ce mémoire de recherche questionne les procédés par lesquels les cadrages médiatiques contribuent à la construction et à la circulation de la figure sociale de Georges Ibrahim Abdallah qui a été condamné en 1987 pour complicité dans l’assassinat d’un diplomate israélien et d’un diplomate états-unien, et qui a été détenu en France pendant quarante ans avant sa libération en 2025. A l’aide des apports conceptuels et théoriques du constructionnisme, des Critical Terrorism Studies et de l'analyse de cadrage médiatique, la recherche part du postulat qu'une figure sociale est le fruit d’une construction sociale découlant des représentations qu'une société y investit, et que les médias occupent une position importante dans ce processus de qualification. Cette recherche tend à répondre à la problématique suivante : Comment les cadrages médiatiques participent-ils à la construction et à la circulation de la figure sociale de Georges Ibrahim Abdallah ? Pour y répondre, ce mémoire s’appuie sur un corpus de données qui se veut le plus exhaustif possible, comportant les articles consacrés à Georges Ibrahim Abdallah publiés dans Le Monde, Le Figaro et Libération entre 1984 et 2025, complété par six entretiens semi-directifs menés auprès de journalistes et d'auteurs de tribunes. L'analyse de contenu, qui articule codage déductif et inductif, permet de dégager les principaux mécanismes de construction de cette figure sociale et ce que cela révèle des représentations de la violence politique. Le premier chapitre d'analyse illustre comment la personne de Georges Ibrahim Abdallah fait l'objet d'une lutte définitionnelle permanente. Les cadrages jouent sur le degré d'identification que le lectorat peut avoir avec lui, produisant des processus concurrents d'humanisation et de déshumanisation qui coexistent plutôt qu'ils ne se succèdent, y compris au sein d'un même média et des représentations d’une même personne. Ces qualifications s'accompagnent d'opérations discursives de légitimation. Le pouvoir de nommer apparaît lui-même comme un enjeu, révélateur des rapports de force entre les différents acteur·ices concourant à la construction de la figure sociale de Georges Ibrahim Abdallah. Le second chapitre d’analyse déplace l’étude de la personne vers ses actes et interroge la qualification de la violence. Trois mécanismes médiatiques structurent cette qualification : les stratégies de contextualisation ou de décontextualisation de l'acte, la mobilisation d'une frontière morale reposant sur la dissociation entre la cause défendue et les modes d’action employés, qui bloque toute transmutation de la figure du terroriste vers celle du militant, quelle que soit la légitimité reconnue à la cause ; et la réactivation, sous l'effet du contexte géopolitique international, notamment les événements post-7 octobre 2023, d'une qualification politique jusque-là marginale, sans qu'émerge pour autant une figure inédite. La figure sociale de Georges Ibrahim Abdallah ne relève ainsi ni d'une représentation fixe ni d'un unique reflet de faits objectifs, mais d'une construction disputée, traversée de rapports de pouvoir et sensible aux reconfigurations du contexte géopolitique, sans qu'aucun cadrage ne parvienne à s'imposer seul ni durablement.