Construction médiatique du terme radicalisation dans la presse écrite belge francophone : Cadrages dominants et évolutions : Analyse qualitative diachronique dans Le Soir, La Libre Belgique et L’Avenir (2016-2025)
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- Alors que la radicalisation domine les débats sécuritaires européens à la suite d’événements terroristes et à la montée des extrémismes, ce terme mobilisé massivement mérite d’être interrogé dans sa construction médiatique. Le présent mémoire propose une analyse qualitative diachronique du traitement médiatique du terme radicalisation dans la presse écrite belge francophone de 2016 à 2025. Ce travail s’inscrit dans le contexte belge post-attentats de Bruxelles, marqué par une institutionnalisation rapide des politiques de prévention. Dès son émergence dans les années 2000, le concept a suscité de nombreuses controverses. Son flou définitionnel, sa charge normative et ses effets performatifs soulèvent des interrogations quant à ses usages et aux mécanismes de construction du problème public qu’il désigne. Afin de répondre à nos interrogations, nous avons élaboré une méthodologie d’analyse qualitative de contenu articulant trois dimensions : l’analyse thématique, l’analyse des cadrages et l’analyse diachronique comparant trois périodes (2016-2018, 2019-2021 et 2022-2025). Le corpus comprend des articles de trois titres : Le Soir, La Libre Belgique et L’Avenir. L’analyse révèle des évolutions contrastées. La première période (2016-2018) se caractérise par un usage largement non questionné du terme (87%) et un cadrage dominant associant radicalisation et islam (56%). Les cadrages sécuritaire et intégrationniste coexistent, portés majoritairement par des sources institutionnelles (70%) qui s’imposent comme définisseurs primaires. La deuxième période (2019-2021) voit émerger une diversification avec l’introduction de nouvelles formes de radicalisation, notamment d’extrême droite et en ligne. Le degré de réflexivité progresse pour La Libre Belgique grâce aux formats culturels. La troisième période (2022-2025) confirme cette diversification avec une place accrue accordée à la radicalisation d’extrême droite, écologique et liée au narcotrafic. Le cadrage religieux islamique recule globalement mais demeure significatif (44%), et la réflexivité progresse pour Le Soir et L’Avenir. L’analyse comparative révèle des profils éditoriaux distincts. Le Soir se distingue par une approche équilibrée et diversifiée avec une progression notable de la réflexivité. La Libre Belgique présente une variabilité marquée entre orientations sécuritaire et intégrationniste. L’Avenir se caractérise par une orientation sécuritaire dominante, privilégiant la couverture des politiques publiques locales wallonnes. Trois constantes structurelles traversent l’ensemble du corpus. Le terme radicalisation demeure majoritairement employé de manière non questionnée. L’usage critique reste extrêmement rare. La parole des personnes considérées comme radicalisées occupe une place très limitée, demeurant principalement objectivées au sein de cadres judiciaires ou sécuritaires. L’ambition de ce travail est double : identifier les évolutions sémantiques et discursives du terme en documentant les variations de cadrage et comprendre les logiques médiatiques sous jacentes. La discussion théorique met en lumière le fonctionnement du terme comme « notion pratique » naturalisée malgré son flou conceptuel, le rôle des définisseurs primaires dans la construction du problème public et la persistance d’une association entre islam et radicalisation révélatrice de mécanismes de confessionnalisation. En conclusion, ce mémoire démontre que le terme radicalisation fonctionne dans le discours médiatique francophone belge comme une évidence journalistique mobilisée pour désigner des processus variés sans remise en question fondamentale. Si une diversification des formes évoquées et une progression relative de la réflexivité s’observent dans la période récente, le cadrage dominant axé sur l’islam, l’usage majoritairement non questionné et la faible place accordée à la parole des personnes ciblées demeurent des constantes structurelles qui interrogent le rôle des médias dans la construction d’un problème public aux contours flous mais aux effets sociaux et politiques bien réels.