Malgré la plus-value du collectif sur l’isolement social des personnes âgées, pourquoi celles-ci demeurent-elles frileuses à l'habitat groupé ? Identification des freins et leviers à leur participation au concept
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- Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, les taux de natalité ont considérablement explosé. Le temps est passé et la génération de babyboomers arrivent progressivement à l’âge de la retraite. Le Bureau Fédéral du Plan estime la part des seniors à 16% en 2018. Mais celle-ci va atteindre 23% en 2070, soit un senior pour 3,8 actifs actuellement contre 1 senior pour 2,5 actifs en 2070. Au 1er janvier 2019, Statbel recensait 2.165.300 personnes âgées de plus de 65 ans, dont 56% de femmes. Cette évolution sociétale fait de l’isolement social un risque pour nous tous, celui d’être confronté à une nouvelle forme de souffrance sociale, celle de la solitude subie (Serres, 2016). « Les personnes âgées avec un réseau social restreint sont à risque accru de mortalité. Dans une étude de Eng et Al. (cités par Nicholson, 2009), les personnes socialement isolées (définie par un réseau social faible) ont 2 à 4 fois plus de risque de mortalité comparé à ceux qui ont des amis, des relations et des liens avec la communauté mais aussi présentent des risques plus élevés de malnutrition, de déclin cognitif, de consommation d’alcool » (Nicholson, 2009). L’habitat partagé peut donc offrir une solution aux aînés dont le tissu social s’est appauvrit avec les années et leur permet de résoudre la grande équation de la vieillesse : le désir d’autonomie versus le désir de sécurité (Labit, 2017). Les pionniers en matière de cohousing ont été le Danemark (orienté sur la propriété privée) avec le premier projet réservé aux seniors en 1987, les Pays-Bas (davantage orienté vers la location dans le cadre du logement public) avec le développement de partenariats entre autorités locales et bailleurs sociaux. L’Allemagne compterait à ce jour entre 500 et 1000 projets d’habitats participatifs de type intergénérationnel. Quant à la Belgique, les premières initiatives datent des années 80. Depuis, les projets se sont multipliés et diversifiés. En réponse à cette évolution du mode de logement et en réponse à la difficulté d’accès à celui-ci, le CPAS d’une grosse ville wallonne a ouvert en mars 2019 un habitat solidaire regroupant des parties privées et des espaces communs. Il comprend 13 logements de 2 à 4 chambres (dont 2 pour des personnes à mobilité réduite), une cuisine collective, un jardin partagé. L’objectif de la démarche est d’abord la construction d’un projet citoyen où chacun en fonction de ses forces et ses faiblesses apporte quelques choses à l’autre et inversement. Mais aussi, le développement du projet collectif par les habitants du quartier. Au départ, les tiroirs du projet sont vides et se remplissent au fur-et-à-mesure avec ce que chacun veut y mettre. Malheureusement, la part des ainés y est faible puisqu’on y compte seulement 2 résidents de plus de 55 ans malgré les avantages apparents de l’habitat solidaire. Il a donc semblé intéressant d’étudier les freins et leviers à un tel projet sociétal.