L'appropriation des services écosystémiques - Développement et crise économique dans les limites du système-Terre

(2017)

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Les limites biophysiques imposées par la planète au système économique prennent deux grandes formes : d'une part, des contraintes liées à la finitude des matières premières utilisées directement comme inputs économiques pour produire les biens qui supportent le développement de l'économie de marché (bornes indépassables dans des configurations technologiques données, avec des conséquences économiques immédiates lorsqu'elles sont atteintes) ; d'autre part, des contraintes liées aux "frontières planétaires" de certains grands processus écosystémiques mondiaux qui ne sont pas des inputs économiques à proprement parler, mais qui régulent directement l'environnement physique dans lequel l'économie de marché opère (bornes dépassables, avec des conséquences économiques différées mais potentiellement plus catastrophiques). Ce TFE passe donc en revue les conséquences économiques d'un dépassement ou d'une confrontation avec ces bornes, de manière non exhaustive mais en dressant un inventaire des principaux risques encourus. Au cours de cette analyse, c'est en particulier la notion de service écosystémique qui est utilisée pour visualiser l'interface entre l'environnement et l'économie, en mettant en évidence la façon dont peut se transmettre dans la sphère des échanges marchands (celle de l'économie au sens le plus réducteur du terme) la dégradation des services écosystémiques dans la sphère des échanges non-marchands (celle de l'économie au sens large, incluant la base matérielle que constituent les écosystèmes et leurs ressources). Ceux-ci sont vus comme les bénéfices économiques retirés par l'homme du fonctionnement des écosystèmes au sens large. Leur dégradation peut donc prendre la forme soit d'une confrontation avec les limites de ressources (bornes indépassables), soit celle d'une rupture des équilibres écologiques planétaires (changement climatique et autres processus - bornes dépassables). En étant dégradés voire perdus de la sorte, les services écosystémiques diminuent alors la part de valeur non-marchande que les différents facteurs de production du système économique peuvent s'approprier gratuitement afin de produire de la valeur marchande (celle qui compte dans les calculs économiques classiques). Dans un futur plus si lointain, il est donc possible qu'une dégradation accrue de ces services aille jusqu'à entraver le développement du système économique dans son ensemble, en générant des pertes potentiellement plus importantes que les gains générés par la croissance de l'économie elle-même, ce que plusieurs modèles économiques permettent de visualiser avec différents degrés d'alarmisme. En toute circonstance, dans le système capitaliste mondialisé, ces pertes économiques plus ou moins dramatiques seront cependant loin d'être ressenties de façon égale par toutes les nations et les acteurs de l'économie, les sociétés les plus durement touchées se situant au Sud du globe, ou dans les zones périphériques de l'économie mondiale de façon plus générale.