Répondre à l’alerte : Investigation d'un possible cluster de cancers de la prostate par le médecin du travail.
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- Le signalement de onze cas de cancer de la prostate parmi les travailleurs de terrain d'une entreprise belge de métallurgie de précision a suscité une inquiétude quant à l'existence d'un possible agrégat de cancers d'origine professionnelle. Cette étude avait pour objectif principal de déterminer si l'incidence observée dans cette population dépassait celle attendue dans la population masculine belge. Elle visait également à caractériser les expositions professionnelles potentiellement pertinentes et à formaliser une démarche reproductible de réponse du médecin du travail à une suspicion de cluster. Une étude de cohorte rétrospective a été menée sur la période 2016-2025 auprès de travailleurs masculins de terrain âgés de 20 à 74 ans. Les personnes-années ont été reconstituées à partir de données agrégées par classe d'âge et année civile. Le nombre de cas attendus a été calculé par standardisation indirecte au moyen des taux d'incidence du Registre belge du Cancer. Un ratio d'incidence standardisé (SIR) et son intervalle de confiance à 95 % ont été estimés, complétés par des analyses de sensibilité et de puissance. Les expositions chimiques ont été caractérisées qualitativement à partir des postes de travail, de l'inventaire des produits et des données de surveillance biologique disponibles. La cohorte totalisait 6 240 personnes-années. Onze cancers ont été observés pour 9,02 attendus, soit un SIR de 1,22 (IC 95 % : 0,61–2,18), sans différence statistiquement significative. Aucun agent professionnel n'est à ce jour reconnu comme cause établie du cancer de la prostate. Le chrome hexavalent et les fluides d'usinage constituaient les principales expositions d'intérêt, sans qu'un lien causal puisse être établi. La taille de la cohorte ne permettait pas de détecter les augmentations de risque de faible amplitude rapportées dans la littérature. Le recensement des cas reposait sur le signalement initial, sans appariement à une source indépendante, et sous-estime probablement leur nombre pour les premières années de la période. L'âge médian au diagnostic, inférieur à celui observé en population générale, s'explique principalement par la troncature de l'observation au départ à la retraite et une contribution de différences de recours au dépistage par PSA reste possible, sans que sa direction ait pu être établie. Cette étude ne met en évidence ni excès d'incidence ni origine professionnelle des cancers signalés, mais elle ne permet pas d'exclure un risque de faible amplitude. Elle illustre une démarche séquentielle applicable à des demandes comparables, allant de la validation du signalement à la quantification de l'excès puis à l'examen de la plausibilité professionnelle. L'investigation justifie le renforcement de l'évaluation du risque chimique, de la traçabilité des expositions et de la surveillance préventive, indépendamment de la conclusion épidémiologique.