Trajectoire de la citoyenneté numérique au Québec de 2011 à 2024 : émergence, construction et mise en politique publique d’une notion

(2025)

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Ce mémoire se penche sur la construction de la citoyenneté numérique comme problème public au Québec de 2011 à 2024. Il explore comment la notion a émergé dans l’espace public, a été débattue dans des discours publics, pour ultimement être intégrée dans une politique publique via le curriculum du nouveau cours Culture et citoyenneté québécoise (CCQ). La démarche de recherche de ce mémoire est ancrée dans l’approche théorique de la sociologie des problèmes publics, s’inspirant des travaux d’Herbert Blumer (1971) et d’Érik Neveu (2022) pour décortiquer la construction du problème public de la citoyenneté numérique en quatre opérations distinctes : émergence, légitimation, popularisation et mise en politique publique. Ainsi, au terme d’une revue de la littérature sur la citoyenneté numérique et sur l’étude des problèmes publics, la méthodologie adoptée pour rendre compte de ces étapes repose sur une collecte de données documentaires, la réalisation d’entrevues semi-dirigées avec les acteurs-clés identifiés et l’analyse de leurs discours sur la citoyenneté numérique. L’analyse des données révèle trois enjeux centraux aux tentatives de faire émerger le problème public de la citoyenneté numérique : la cyberintimidation et les violences à caractère sexuel en ligne, dans le milieu scolaire et lors du mouvement #moiaussi; la désinformation en ligne, mise en évidence durant la pandémie de COVID-19 ; et la réforme du cours ECR/CCQ, lorsque l’État québécois a inclus la citoyenneté numérique à ses consultations particulières sur le cours remplaçant le cours Éthique et culture religieuse (ECR). Ces enjeux sont mis de l’avant par des entrepreneurs de problèmes, identifiés pour leurs discours proéminents sur la citoyenneté numérique. Au sein de ces discours, l’analyse a révélé plusieurs registres de légitimation mobilisés, tel que l’appel aux émotions à travers des cadrages discursifs dominants. Notamment, la métaphore des « citoyens de demain » a permis d’inscrire le problème public de la citoyenneté numérique dans une volonté de protéger la jeunesse québécoise. Toutefois, les discours des acteurs-clés sont assez variés qu’aucun consensus n’a émergé sur la notion de citoyenneté numérique. Ainsi, l’analyse montre que le gouvernement du Québec aurait « court-circuité » l’agenda public en annonçant l’inclusion de la citoyenneté numérique au nouveau cours CCQ, court-circuit résultant d’une opération de popularisation non achevée dans l’espace public. Le problème public de la citoyenneté numérique a donc été mis en politique publique via le curriculum de ce cours, offert obligatoirement à tous les niveaux scolaires au Québec. On constate que la notion est intégrée en filigrane des différents enjeux traités dans le cours, et non comme sujet à part entière, reflétant la grande diversité des discours sociaux sur la citoyenneté numérique plutôt qu’un consensus au sein des discours publics. En plus d’offrir une étude détaillée du problème public de la citoyenneté numérique au Québec, ce mémoire s’inscrit dans une littérature croissante positionnant la protection de la jeunesse comme moteur principal d’action publique dans la province. Les conclusions du mémoire détaillent les limites auxquelles de futures démarches de recherche pourraient remédier, notamment l’enjeu de définir la « citoyenneté » contemporaine québécoise. Finalement, le mémoire souligne l’importance de poursuivre les réflexions collectives sur les effets du numérique sur le futur de la démocratie québécoise, notamment par rapport aux défis introduits par l’intelligence artificielle.