Les enjeux psychiques et sociaux des rites d'initiation aujourd'hui en Cote d'Ivoire, le cas du "bonh" chez les Dan (Yacouba), entre héritage et rupture : Une recherche qualitative auprès de deux générations à partir de leurs témoignages.
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- Le "bonh" l’un des rites d’initiation le plus important du peuple Dan (yacouba), installé dans la partie Ouest de la Cote d’Ivoire, se trouve aujourd’hui confronté à la modernisation de la société. Cette confrontation conduit à un « abandon progressif » de cette pratique traditionnelle. Cet « abandon progressif » crée une préoccupation dans cette société traditionnelle quant au devenir de ce peuple et de sa descendance d’une part et les conséquences entre autres psychologiques d’autre part. Des entretiens ont été réalisés auprès de huit participants dont quatre « anciens » vivant dans les villages, dont l’âges varient entre cinquante-cinq et soixante-sept ans et quatre « jeunes » vivant en ville, dont l’âges varient entre trente-deux et trente-six ans. L’analyse de ces données montre dans un premier temps que le "bonh" reste un élément important qui structure l’organisation traditionnelle de la société yacouba, garantie la transmission des valeurs culturelles de cette société et le sentiment d’appartenance collective. Part la suite, cette analyse souligne la fonction psychologique de cette pratique traditionnelle, plus particulièrement chez les jeunes vivant en zone urbaine. Elle leur donne des repères identitaires ainsi que des ressources psychologiques face aux difficultés de chaque jour. Toutefois, cette recherche montre que l’affaiblissement de cette pratique aussi bien dans les villages qu’en zone urbaine due à la modernité, compromet la transmission intergénérationnelle des valeurs traditionnelles. Les participants font également une association entre « l’abandon progressif » du "bonh" et l’apparition des troubles psychologiques, comportementaux et identitaires chez plusieurs jeunes même si ce lien reste difficilement démontrable scientifiquement. Face à cette modernité, les transmissions intergénérationnelles passent de plus en plus des structures traditionnelles collectives yacoubas aux structures familiales individuelles sous de nouvelles formes. Ce qui remplace difficilement l’expérience initiatique vécue. Enfin, une collaboration entre médecine moderne (pour ce qui est de la circoncision qui se pratique pendant l’initiation) et les pratiques traditionnelles, impliquant les chefs coutumiers, constituerait une voie pour concilier la tradition et modernité.