Faire d’un lieu de soins un lieu de vie : Comment le personnel des établissements de soins de longue durée pour personnes âgées peut-il contribuer au sentiment de chez soi des résidents ?
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- Contexte : Face au vieillissement de la population et au recours croissant aux établissements de soins de longue durée pour personnes âgées (ESLD), les soins centrés sur la personne et le sentiment de chez soi dans ces institutions constituent des enjeux majeurs. Ce sentiment dépend notamment du contrôle exercé par les résidents sur leur espace et de la reconnaissance qui leur est accordée. Les contraintes de terrain peuvent toutefois limiter la prise en compte de ces dimensions, soulevant la question de recherche suivante : Comment le personnel des ESLD peut-il accompagner le besoin de contrôle et de reconnaissance des résidents, nécessaire au développement du sentiment de chez soi, malgré la structure organisationnelle et les contraintes professionnelles imposées par le contexte de soins ? Méthodes : Pour répondre à cette question, une recherche qualitative a été menée à la Résidence pour Seniors du CPAS de Watermael-Boitsfort, qui s’inscrit dans une approche centrée sur la personne via le modèle Tubbe. Onze entretiens individuels semi-directifs ont été réalisés auprès de professionnels de terrain et analysés selon une démarche thématique descriptive, inductive et itérative. Résultats : Le sentiment de chez soi en ESLD repose sur trois dimensions principales : la chambre, en tant que seul espace privatif, et son appropriation ; la continuité des routines et habitudes antérieures ; et l’autonomie dans les choix du quotidien. Pour soutenir ce sentiment, le personnel s’appuie sur l’écoute active et la connaissance approfondie de la personne, la personnalisation des prises en charge et la collaboration pluridisciplinaire. Pour les personnes présentant des troubles cognitifs sévères, la proximité relationnelle et sensorielle est privilégiée. Plusieurs leviers favorisent le développement du sentiment de chez soi en ESLD : une philosophie institutionnelle centrée sur la personne ; la pluridisciplinarité ; les interactions offertes par la vie en communauté ; le temps d’adaptation laissé aux habitants ; le soutien d’aides supplémentaires et le bien-être du personnel au travail. Néanmoins, des freins sont également identifiés : les contraintes de la vie en communauté ; les règles institutionnelles ; le profil de l’habitant ; la réalité de terrain pour le personnel ; et la lenteur de réalisation des projets. Des pistes d’amélioration visant à mieux soutenir le sentiment de chez soi ont émergé : favoriser une entrée en douceur ; respecter davantage l’habitant, son autonomie et son espace ; individualiser les règles et les prises en charge ; et renforcer le soutien aux équipes de soins. Conclusion : Des recommandations concrètes en matière d’accompagnement du sentiment de chez soi sont formulées en réponse à la question de recherche. Cette recherche met en évidence une multitude de façons d’œuvrer à la création d’un ESLD centré sur la personne. Cette marge de liberté doit être pleinement exploitée afin de mettre en place un modèle de soins évolutif, en rupture avec les schémas traditionnels, et ainsi tendre vers un véritable sentiment de chez soi en ESLD.