Comment les sages-femmes travaillant en salle de naissances vivent-elles l’organisation de leurs horaires de travail et quel sens y donnent-elles dans leur pratique professionnelle ?
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- Introduction : le métier de sage-femme en salle de naissances est exigeant parce qu’il consiste à assurer simultanément la sécurité de la mère et de son enfant. Dans un contexte de travail posté, les horaires atypiques peuvent avoir des répercussions sur la santé, la qualité de vie et la pratique professionnelle avec un impact potentiel sur la qualité et la sécurité des soins. Alors que la littérature s’intéresse principalement au personnel infirmier, peu d’études explorent le vécu spécifique des sages-femmes. Ce mémoire vise à comprendre comment elles vivent l’organisation de leurs horaires de travail, le sens qu’elles leur donnent dans leur pratique professionnelle ainsi qu’à identifier les répercussions de ces horaires et les stratégies d’adaptation développées. Méthodologie : cette étude qualitative à visée compréhensive repose sur quatorze entretiens semi-directifs réalisés auprès de sages-femmes exerçant en salle de naissances fonctionnant selon des horaires en huit et douze heures. Les données ont été analysées à l’aide d’une analyse thématique itérative. Résultats : le vécu des horaires est influencé par l’âge, l’ancienneté, la situation familiale, l’état de santé ainsi que par le contexte organisationnel. Les horaires en douze heures sont appréciés pour la continuité des soins, la flexibilité et le temps de récupération, tandis que les horaires en huit heures sont davantage associés à la fréquence des prestations et aux rotations rapides. Les participantes rapportent des répercussions sur leur santé, sur leur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle ainsi que sur leur engagement professionnel. Elles développent différentes stratégies d’adaptation comme la réduction du temps de travail, l’adaptation de leur hygiène de vie et le soutien des collègues. Les horaires sont perçus différemment selon les participantes : certaines les vivent comme une contrainte inhérente au métier tandis que d’autres les considèrent comme un choix acceptable, voire recherché. Discussion : les résultats confirment les données de la littérature concernant les effets du travail posté. Le vécu des horaires est multifactoriel et dépend fortement du contexte organisationnel, de la charge de travail, du soutien de l’équipe et du management. Les stratégies développées par les sages-femmes compensent principalement des contraintes organisationnelles sur lesquelles elles disposent de peu de contrôle, ce qui souligne la nécessité de mettre en place des actions organisationnelles. Le sens accordé au métier constitue une ressource importante sans compenser durablement des conditions de travail difficiles. Cette étude apporte une meilleure compréhension du vécu des sages-femmes, encore peu documenté dans la littérature. Conclusion : le vécu des horaires résulte de l’interaction entre l’organisation du travail, les conditions d’exercice et les caractéristiques personnelles des sages-femmes. Les horaires influencent leur santé, leur qualité de vie, leur engagement professionnel ainsi que le sens qu’elles attribuent à leur métier. Ces résultats soulignent l’intérêt de développer des organisations de travail favorisant la récupération, le soutien des équipes et la prise en compte de réalités individuelles afin de préserver la santé des sages-femmes et de favoriser leur maintien durable dans la profession.