Le piccolo dans l'œuvre de Maurice Ravel

(2026)

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Maurice Ravel est sans doute l'un des compositeurs les plus marquants de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Figure majeure de la musique française au style unique et influent, sa maitrise de l’orchestre est régulièrement soulignée par la critique. Parmi les instruments qu’il emploie régulièrement figure le piccolo. Or, cet instrument auxiliaire de la famille des bois occupe une place singulière dans l’orchestre symphonique. Son registre aigu et sa capacité à percer les textures orchestrales lui offrent des possibilités d’expression particulières. Plusieurs traités d’orchestration du XIXe siècle conseillent toutefois de l’utiliser avec modération, dans des contextes bien définis. Malgré les nombreuses recherches comparées d'une part et sur l'orchestration de Ravel d'autre part, aucun travail n'a encore croisé ces deux perspectives : l'usage du piccolo dans son œuvre reste un champ largement inexploré. Ce mémoire cherche à combler ce manque en examinant la place que Ravel accorde à l'instrument et en se demandant si sa manière de l'employer peut être qualifiée de novatrice. Pour cela, une typologie des différents rôles et caractères du piccolo est d’abord établie à partir des traités d’orchestration et de l’étude du répertoire. Cette grille sert ensuite de base à l’analyse de quatre œuvres, choisies à différentes étapes de la carrière de Ravel et dans des genres variés : la Rapsodie espagnole, Ma Mère l’Oye, Tzigane et le Concerto en sol. Chaque apparition du piccolo est étudiée selon plusieurs critères : registre, nuances, association avec les autres instruments, passages solistes, effets sonores, puis comparée à la typologie de départ. Il apparait, au terme des analyses, que Ravel fait du piccolo une voix de couleur et d’expression, capable de porter un solo comme de se fondre dans l’harmonie, et l’oriente vers le féérique et le pittoresque. Il n’invente pas de fonction inédite mais assume et systématise ce que ses ainés osaient à peine. Cette singularité vient probablement d’une curiosité d’orchestrateur pour les timbres rares et les modes de jeu délaissés, et s’inscrit dans l’émancipation plus large de l’instrument au tournant du XXe siècle. En croisant deux champs jusqu’ici disjoints (les études sur le piccolo et celles sur l’orchestration ravélienne), ce mémoire aura voulu montrer qu’un instrument réputé accessoire offre un point d’observation fécond sur l’art d’un grand orchestrateur.