La laideur comme marqueur de distinction symbolique dans le luxe : analyse de la réception de la ugly trend chez de jeunes femmes belges (18-25 ans)

(2026)

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Depuis les années 2010, plusieurs maisons de luxe transforment en pièces désirables des vêtements et accessoires perçus comme laids, kitsch ou ringards. Cette tendance, désignée sous le terme de ugly trend, a surtout été étudiée du côté de sa production. La manière dont les publics la perçoivent reste, elle, peu documentée. Ce mémoire s'intéresse donc à la réception de cette tendance et pose la question suivante : « Comment de jeunes femmes belges de 18 à 25 ans perçoivent-elles la ugly trend, et en quoi leurs discours révèlent-ils des formes de distinction symbolique ? » Pour y répondre, treize entretiens semi-directifs ont été menés auprès de cette tranche d'âge, autour d'un dispositif visuel construit à partir de trois créations de la tendance. L'analyse s'appuie sur les travaux de Pierre Bourdieu : capitaux, habitus, distinction et domination symbolique, complétés par la notion de frontière symbolique de Michèle Lamont. Les résultats déplacent l'hypothèse de départ. Elle supposait que les perceptions dépendraient du capital culturel des participantes. Cependant, les écarts de perception s'organisent avant tout autour du rapport personnel à la mode, qui se décline en trois profils : la mode comme mise en valeur de soi, comme expression, ou comme objet distant. Comprendre un objet ne suffit d'ailleurs pas à l'apprécier, la reconnaissance et l'adhésion ne se confondant pas. La distinction symbolique se révèle dans une conviction partagée selon laquelle la valeur de ces objets provient du luxe plutôt qu'à l'objet lui-même. En l'admettant, les participantes valident une hiérarchie entre le monde du luxe et le leur, y compris celles qui s'en sentent exclues.