Le sentiment de solitude à travers les processus transdiagnostiques impliqués dans les troubles anxiodépressifs
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- La solitude constitue un enjeu de santé publique majeur, associée à des conséquences graves sur la santé mentale et physique, comparables à celles du tabagisme ou de l'obésité (Holt-Lunstad et al., 2015). Malgré sa prévalence croissante, les interventions actuelles montrent une efficacité limitée. Cela est en partie dû à une approche « unique pour tous », qui ne tient pas compte de la diversité des mécanismes psychologiques qui sous-tendent la solitude (Masi et al., 2011). Pour pallier cette limite, ce mémoire s'inscrit dans une approche transdiagnostique de la solitude, centrée sur les processus psychologiques communs aux troubles anxio-dépressifs (Harvey et al., 2004 ; Kinderman, 2005). Les personnes souffrant de solitude forment-elles des profils psychologiques distincts sur la base de six processus transdiagnostiques, et ces profils se différencient-ils sur le plan démographique, de la sévérité de la solitude et du bien-être psychosocial ? Septante-sept participants ont été évalués à deux temps de mesure mais seulement cinquante-cinq rapportant un sentiment de solitude ont été conservés pour cette étude. Six processus transdiagnostiques ont été mesurés : l'évitement expérientiel, la régulation émotionnelle, la régulation cognitive, l'estime de soi, les ruminations mentales et l'intolérance à l'incertitude. Une analyse de regroupements hiérarchique suivie d'une classification K-means a permis d'identifier des profils distincts. Ces profils ont ensuite été comparés sur des variables démographiques, la sévérité du sentiment de solitude et le bien-être psychosocial à l'aide de tests du khi-carré, d'ANOVA et d'une Mixed ANOVA. Trois profils psychologiques distincts ont émergé : un profil aux ressources modérément préservées (Profil 1, n = 10), un profil caractérisé par des processus dysfonctionnels marqués et une faible estime de soi (Profil 2, n = 25), et un profil aux ressources protectrices (Profil 3, n = 20). Les profils ne se distinguent pas significativement ni sur les variables démographiques, ni sur l'intensité du sentiment de solitude, mais diffèrent significativement sur le bien-être psychosocial : le Profil 2 présente un bien être significativement plus faible que le Profil 3 (p = ,009). Par ailleurs, le bien-être augmente significativement entre T1 et T2 pour l'ensemble des participants, indépendamment du profil (F (1,52) = 7,360, p = ,009, η² = ,124). Ces résultats invitent à développer des interventions ciblées en prenant en tenant compte du profil psychologique d'appartenance plutôt que de la seule intensité du ressenti. Des études longitudinales sur des échantillons plus larges et plus représentatifs permettraient de confirmer la stabilité de ces profils et de tester leur réponse à des interventions différenciées.