Le rôle du système oculomoteur dans le traitement de l'ordre sériel en mémoire de travail
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- Le traitement de l’ordre sériel en mémoire de travail ne repose pas uniquement sur le maintien de l’identité des informations, mais pourrait également impliquer des représentations spatiales et attentionnelles. Plusieurs travaux ont notamment mis en évidence un effet SPoARC (Spatial-Positional Association of Response Codes), suggérant une association entre la position d’un élément dans une séquence et l’espace de réponse. La présente étude vise à examiner le rôle fonctionnel du système oculomoteur dans ce codage spatial de l’ordre sériel. Le syndrome de Möbius, caractérisé notamment par une limitation congénitale des mouvements oculaires horizontaux, constitue à cet égard un modèle permettant d’étudier cette question. Douze participants présentant un syndrome de Möbius et vingt-quatre participants contrôles ont réalisé une tâche de reconnaissance sérielle portant sur des séquences de cinq consonnes. Les réponses étaient effectuées selon un axe horizontal, au moyen des deux mains, ou selon un axe vertical, au moyen d’une réponse manuelle et d’une réponse pédestre. Les analyses ont porté sur l’exactitude des réponses et les temps de réaction. Dans la condition horizontale, aucune différence significative entre les groupes n’a été observée, ni sur l’exactitude ni sur les temps de réaction. L’interaction Position × Réponse × Groupe, correspondant au test le plus direct de l’effet SPoARC différentiel entre les groupes, n’était pas significative. Un effet de la position sérielle ainsi qu’une interaction entre la position et la modalité de réponse ont toutefois été observés. Ces résultats suggèrent que le codage spatial de l’ordre sériel peut s’exprimer malgré une limitation importante des mouvements oculaires horizontaux et ne dépendrait donc pas nécessairement de l’exécution effective de mouvements oculaires. La condition verticale, analysée uniquement chez les participants contrôles en raison du faible nombre de participants Möbius disponibles, n’a pas permis de mettre en évidence un effet cohérent de spatialisation verticale. Ces résultats soutiennent l’hypothèse d’un codage spatial de l’ordre sériel relativement indépendant du système oculomoteur et suggèrent l’implication de mécanismes spatiaux ou attentionnels plus abstraits. Ils ouvrent également des perspectives concernant la flexibilité des représentations spatiales et la mise en place éventuelle de mécanismes compensatoires chez les personnes présentant un syndrome de Möbius.