L’intelligence artificielle, avec ou sans les travailleur·euse·s ? Pour une sociologie politique critique de l’introduction des systèmes d’intelligence artificielle au travail.
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- La diffusion des systèmes d’intelligence artificielle dans les milieux professionnels soulève une question centrale : leurs effets dépendent-ils des technologies elles-mêmes ou des conditions dans lesquelles elles sont intégrées ? À partir d’une sociologie politique critique du travail, ce mémoire analyse les effets de l’introduction de ces systèmes en croisant les travaux d’Isabelle Ferreras (2012a, 2017) sur le gouvernement démocratique du travail et la typologie de Yann Ferguson (2019) distinguant augmentation, domination, réhumanisation et remplacement. L’enquête repose sur une démarche qualitative menée dans deux organisations au mode de gouvernance contrasté : une coopérative de travailleur·euse·s autonomes et un service public régional de l’emploi et de la formation. À partir d’entretiens semi-directifs, elle examine les conditions de décision, les modalités d’opérationnalisation, les marges d’autonomie des travailleur·euse·s et les effets perçus, déclarés ou anticipés de l’intégration des systèmes d’intelligence artificielle sur le travail. Le mémoire met en évidence que ces effets ne sont ni homogènes ni mécaniquement déterminés par la technologie. Ils varient selon la place accordée aux travailleur·euse·s dans les décisions, l’opérationnalisation et la gouvernance de ces dispositifs. En ce sens, l’introduction des systèmes d’intelligence artificielle apparaît comme une épreuve politique du travail.