Entre attentes, freins et réalités de terrain : analyse des perceptions des professionnels de santé relatives à l’intégration de l’intelligence artificielle dans les services d’urgence — étude qualitative en Belgique francophone

(2026)

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Introduction : L’intelligence artificielle (IA) est aujourd’hui présentée comme une opportunité majeure pour soutenir les soins, pourtant son déploiement concret reste encore limité. Ce fossé s’accompagne de préoccupations importantes chez les professionnels, notamment quant aux risques de déshumanisation des soins, à la transformation du travail et à l’utilisation de l’IA dans une logique de rationalisation des ressources humaines. Objectifs : Cette étude vise à explorer les représentations, attentes, craintes et usages réels ou potentiels de l’IA chez les professionnels de santé exerçant dans les services d’urgence hospitaliers francophones de Wallonie et de Bruxelles, en les mettant en perspective avec les tendances identifiées dans le baromètre de perception de l’IA dans les hôpitaux belges. Un second objectif est d’analyser dans quelle mesure ces perceptions varient selon le type d’institution (privé ou universitaire). Méthodologie : Une étude qualitative a été menée au moyen d’entretiens semi-directifs auprès de 29 professionnels de santé (infirmiers, infirmiers chefs d’unité, infirmiers chefs adjoints, médecins et assistants) issus de quatre services d’urgence dont deux hôpitaux privés et deux hôpitaux universitaires. Les données ont ensuite été analysées selon une démarche hypothético-déductive, en lien avec le cadre théorique et les résultats du baromètre de perception de l’IA dans les hôpitaux belges. Résultats : Les représentations de l’IA sont hétérogènes et encore en construction. Les professionnels en reconnaissent les bénéfices potentiels, notamment le gain de temps, l’accès à l’information et le soutien au raisonnement clinique, mais expriment aussi des craintes liées à la fiabilité, à la sécurité des données, à la déshumanisation et à la transformation du travail. Cette ambivalence montre que l’acceptabilité de l’IA dépend de sa capacité à s’inscrire dans le milieu spécifique des urgences, marqué par la pression temporelle, l’incertitude décisionnelle et la coordination rapide entre professionnels. Elle apparaît ainsi conditionnée par la confiance, l’adaptation aux pratiques, l’inclusion des utilisateurs finaux, la formation, la gouvernance et la protection des données de santé. Conclusion : L’IA représente une opportunité importante pour les services d’urgence, mais son intégration ne peut être pensée comme une évidence. Elle doit être construite avec prudence, en tenant compte des réalités du terrain, des valeurs professionnelles, des exigences éthiques et des besoins des patients. Dans une perspective de santé publique, l’enjeu ne consiste donc pas uniquement à déterminer si l’IA améliore la performance des services, mais à s’assurer que son intégration contribue à la qualité, à la sécurité, à l’équité et à la soutenabilité des soins.