« Faire attention aux traces laissées par le passage des yeux »-- Le documentaire au prisme de l’épistémologie féministe
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- Longtemps marginalisé dans un champ d’études centré sur la fiction, le female gaze reste peu exploré dans le documentaire, alors même que le regard du·de la cinéaste y prend un sens particulier du fait de sa prétention au réel. Héritier du male gaze théorisé par Mulvey, il partage ses bases psychanalytiques et ses limites, notamment l’assignation des femmes à une position passive. Les rares applications au documentaire se concentrent sur la subjectivité féminine comme marqueur, une approche inadaptée à un genre historiquement impliqué dans la mise en scène de l’Altérité et traversé par des logiques de domination visuelle (raciale, coloniale, masculine). Interroger le female gaze dans ce contexte revient à penser un regard non dominateur, éthique et situé, attentif à la multiplicité des subjectivités et à la relation filmant·es/filmés. Ce mémoire s’appuie sur l’analyse de huit entretiens de réalisatrices belges de documentaire de création, menée dans le cadre proposé par Nathalie Grandjean (Positionner, Renforcer, Situer, Diffracter). Plus leurs pratiques intègrent cette épistémologie féministe, moins le regard s’impose comme instance unique, et plus il s’ouvre à l’innovation formelle, à la dimension collective et à l’éthique relationnelle. Redonner au regard une portée épistémologique permet ainsi de dépasser les binarités dominants/dominés, féminin/masculin, sujet/objet et de l’envisager comme une éthique et une praxis.