Quand le soutien fragilise : Etude qualitative exploratoire de l’ambivalence relationnelle dans les réseaux de support social des personnes vivant avec une maladie mentale sévère
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- Les personnes vivant avec une maladie mentale sévère (Severe Mental Illness, SMI) disposent fréquemment de réseaux sociaux plus restreints, moins diversifiés et fortement centrés sur un nombre limité de proches. Si le soutien social est généralement considéré comme un facteur protecteur majeur en santé mentale, certaines relations peuvent également générer du stress, des tensions ou de la souffrance. Ces relations, désignées dans la littérature sous le terme de negative ties, demeurent encore peu étudiées chez les personnes vivant avec une SMI. Cette étude qualitative exploratoire vise à comprendre comment les personnes vivant avec une SMI vivent et maintiennent des relations négatives au sein de leur réseau personnel. Onze entretiens semi-dirigés ont été réalisés auprès de participants répondant aux critères cliniques du SMI. La collecte des données reposait sur l’utilisation de l’outil Egonet afin de cartographier les réseaux personnels et d’explorer la qualité des relations identifiées. Les données ont ensuite été analysées selon une approche thématique inductive. Les résultats montrent que les réseaux des participants sont souvent caractérisés par une faible diversification relationnelle, une forte centralité de certains alters et une importante multiplexité des liens. Les negative ties prennent des formes variées : conflits familiaux, critiques répétées, comportements de contrôle, intrusions ou violence psychologique. Malgré leur impact émotionnel important (anxiété, stress, culpabilité, épuisement émotionnel), ces relations sont fréquemment maintenues en raison de leur rôle central dans l’accès au soutien matériel, émotionnel ou aux soins. L’étude met également en évidence le caractère profondément ambivalent de certaines relations, capables de soutenir et de fragiliser simultanément. Ces résultats suggèrent que les negative ties constituent une composante structurante du soutien social des personnes vivant avec une SMI. L’analyse des réseaux personnels permet ainsi de mieux comprendre les contraintes relationnelles associées au maintien de liens négatifs et souligne l’importance d’intégrer ces dynamiques dans l’accompagnement clinique et psychosocial.