Ce que la participation au processus constitutionnel chilien signifie pour les Mapuche
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- L’objet de ce mémoire est d’approfondir la compréhension de la participation politique des peuples autochtones, et en particulier des Mapuche. En 2019, des mouvements sociaux contestataires viennent remettre en cause les inégalités du système néolibéral chilien. Pour sortir de cette crise, la solution trouvée est la mise en place d’une Assemblée constituante, chargée de rédiger une nouvelle Constitution pour le Chili. Celle-ci ouvre une possibilité d’inclusion des peuples autochtones, en les intégrant dans le processus d’élaboration. Cependant, la participation à l’Assemblée constituante fait l’objet d’une controverse au sein des Mapuche, ce qui amène donc à s’interroger sur la signification de la participation politique pour ce peuple autochtone. Éclairé par une revue de la littérature qui précise le concept de participation politique, les perspectives normatives autochtones sur la participation et qui prend en compte de leur cadre historique et sociopolitique, ce mémoire analyse 33 articles publiés sur le Mapuexpress, un média tenu par un collectif Mapuche. L’analyse de contenu et l’analyse de discours font ressortir les différentes conceptions de la participation politique chez les Mapuche face à la possibilité de prarticiper à l’Assemblée constituante chilienne. Certains Mapuche souhaitent participer au processus constitutionnel, motivés par un désir de changement et la volonté d’obtenir une reconnaissance de droits, une amélioration des conditions de cohabitation des Mapuche avec l’État chilien, une autochtonisation de ce dernier, voire d’accéder à une autonomie en son sein. À l’opposé de cette position, d’autres Mapuche rejettent toute participation au cadre institutionnel chilien, car il est perçu comme assimilateur, et ils estiment que leur participation contribuerait à légitimer un État colonisateur. La dichotomie entre ces deux positions, vis-à-vis de la possibilité de participer à l’élaboration du projet de nouvelle Constitution, n’est toutefois pas nette. Certaines positions sont hybrides : des acteurs Mapuche annoncent vouloir soutenir et prendre part à l’Assemblée constituante, tout en tenant un discours qui rejette l’État chilien et ses institutions ; d’autres refusent de s’y engager, rejetant la participation au cadre étatique, tout en reconnaissant que la participation des Mapuche pourrait permettre certaines avancées pour les droits et la reconnaissance des Mapuche au Chili. Ces différentes positions témoignent que la participation est intrinsèquement dépendante du cadre politique et historique. Dans un contexte de colonisation, de marginalisation et d’oppression, qui invisibilise les Mapuche, la participation constitue avant tout une lutte pour exister politiquement. La participation politique des Mapuche se structure autour de cette lutte pour la reconnaissance.