Epistémologie des histoires minoritaires : L’Institut berlinois de science sexuelle (1919-1933) au sein des histoires trans

(2026)

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Ce travail consiste en une réflexion épistémologique à propos des histoires minoritaires à l’aide du concept d’injustice épistémique. Le silence de l’histoire (en tant que discipline comme en tant que politique mémorielle) à propos de sujets minoritaires n’est pas accidentel, il est structurellement intégré aux écritures historiques majoritaires. Ces silences de l’histoire peuvent également être compris en termes d’injustice épistémique : car les histoires majoritaires participent à ce que les sujets minoritaires soient compris socialement comme des sujets sans histoire. À partir de ces vides, comment une perspective minoritaire peut émerger, questionner ces silences et modifier la façon même dont l’histoire est comprise ? Cette réflexion minoritaire prend appui sur une perspective trans : certains enjeux liés à l’historicisation de la transitude [transness] sont discutés au prisme des concepts d’injustice épistémique, et plus particulièrement de marginalisation herméneutique. Les silences de l’histoire à propos de la transitude participent à construire celle-ci comme quelque chose d’intrinsèquement nouveau, afin de naturaliser et de rendre invisible la norme cis, construite implicitement par la construction de la transitude comme une déviation de cette norme. Ecrire des histoires minoritaires avec une perspective trans consiste donc à dénaturaliser la cisness. Ces considérations liées à l’écriture d’histoires trans sont appliquées à un cas historique : celui de l’Institut berlinois de science sexuelle (1919-1933). Ce cas est paradoxalement visible et invisible (en fonction d’où et quand on se positionne). L’Institut est connu internationalement lors de sa période d’activité ; il est une figure centrale de la propagande nazie construisant l’Institut comme « bastion de la science juive, homosexuelle, dégénérée, menace à la race » ; il est saccagé par les nazis, ses archives brûlées dans un autodafé (6 et 10 mai 1933). Malgré ça, au sortir de la guerre, c’est comme s’il n’avait jamais existé. Aujourd’hui, cet Institut reste globalement inconnu du grand public, mais est fort mobilisé au sein de communautés épistémiques queers, et plus particulièrement trans, comme la première clinique trans de l’histoire moderne. Il s’agit de situer ces multiples (in)visibilités de l’Institut, au sein de différents récits historiques, ainsi que de discuter les risques encourus lorsque l’on érige un cas historique à un statut quasi-mythifié : en voulant combler les silences structurels de l’histoire, quels silences risque-t-on de reproduire ?