La démocratie locale à l’épreuve des groupuscules d’extrême droite : Le cas de la mairie du 5e arrondissement de Lyon
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- Ces dernières années, les groupuscules d’extrême droite ayant recours à la violence se sont multipliés, visant de plus en plus les élus nationaux comme locaux. Dans ce contexte, ce mémoire interroge la manière dont la présence de groupuscules violents d'extrême droite dans le Vieux-Lyon, quartier du Ve arrondissement de Lyon, devient un problème public. Plutôt que d'étudier ces groupes eux-mêmes, la recherche adopte un choix méthodologique original : saisir leur influence par les effets qu'ils produisent sur un acteur institutionnel structurellement dépourvu d’instruments coercitifs (sécurité, ordre public, dissolution). L'analyse s'inscrit dans une approche constructiviste de l'action publique et mobilise un cadre théorique pluriel : la notion de « point d'ancrage » développée par Jason Luger pour saisir l'implantation quotidienne groupuscules dans l'espace urbain ; le cadrage médiatique de Robert Entman ; le concept de « ville à mauvaise réputation » de Nicolas Maisetti et Cesare Mattina pour analyser la stigmatisation territoriale ; la politique symbolique de Claude Gilbert, dans la lignée de Murray Edelman ; le forum hybride de Michel Callon, Pierre Lascoumes et Yannick Barthe ; et le « mythe des collectivités locales » de Florent Desage et David Godard. La méthodologie qualitative combine analyse documentaire et une série d'entretiens semi-directifs menés auprès d'élus, d'habitants et d’un spécialiste de l'extrême droite lyonnaise. Les résultats montrent d'abord que les groupuscules d'extrême droite ne cherchent pas seulement à occuper physiquement le Vieux-Lyon : en mobilisant son patrimoine, ils imposent une définition identitaire du quartier comme bastion à défendre, selon une logique de « point d'ancrage » qui s'exprime aussi bien dans leurs lieux de sociabilité que dans leurs actions coup de poing. Cette implantation, largement médiatisée, contribue à fixer sur le Ve arrondissement l'image d'une capitale des groupuscules d’extrême droite alimentant un processus de stigmatisation territoriale. Face à ce phénomène, la mairie d’arrondissement réagit dans le registre symbolique, en produisant un récit valorisant l'histoire cosmopolite et humaniste du quartier. Un discours porté par un ensemble d'acteurs, habitants, associations, maison d'édition, institutions culturelles, qui, ensemble, constituent un authentique forum hybride de redéfinition symbolique du territoire. Ce mémoire montre qu'ils rendent compte d'un seul et même processus : celui par lequel un territoire devient l'enjeu d'une définition disputée, tour à tour occupé, stigmatisé, recadré et réapproprié par une pluralité d'acteurs aux ressources inégales. Il invite ainsi à considérer l'échelon infra-municipal comme un poste d'observation privilégié des tensions démocratiques contemporaines posées par l'implantation territoriale de groupuscules d’extrême droite.