L’Etrusca Disciplina et la fabrique de l’identité romaine : Présence et réélaboration de l’héritage étrusque dans la littérature latine du Ier siècle av. et apr. J.-C.

(2026)

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L’étude des mentalités et des identités romaines constitue un domaine foisonnant de la recherche contemporaine. Depuis les années 2000, l’attention des chercheurs s’est également portée sur les questions identitaires liées au culte, notamment aux époques où Rome connaît des bouleversements profonds. Au tournant de notre ère, la République est épuisée par les crises successives. L’avènement d’Auguste apparaît comme la promesse d’un retour au calme et à la stabilité. Ces événements, ajoutés à l’arrivée massive de populations étrangères, entraînent une véritable « crise d’identité » de la romanité (ORLIN, Eric M. 2010, p. 6). Dès lors, ce que signifie réellement « être romain » dans un monde élargi et multiculturel ne va plus de soi. La religio, entendue comme le rapport avec les dieux, ayant toujours été une composante importante de la vie culturelle, politique et civique de l’Urbs, devient alors un élément central dans la réévaluation de la romanitas par les élites romaines lettrées. Dans la présente étude, nous proposons d’étudier les dynamiques de redéfinition des frontières de l’identité romaine à travers l’Etrusca Disciplina, c’est-à-dire la science étrusque d’interprétation et de conjuration des prodiges (entre autres spécificités), dans la littérature latine du Ier siècle av. J.-C. et du Ier siècle ap. J.-C. Nous verrons que ce phénomène soulève des questions plus larges, notamment celle de la « romanisation » des élites étrusques, à laquelle nous préférerons le terme d’« acculturation », comprise comme un processus de sélection, de réemploi et de transformation d’éléments culturels préexistants. L’étude de l’Etrusca Disciplina permettra également d’interroger la place des élites italiques dans la cité, la perception de l’altérité, les formes de légitimation du pouvoir, la réécriture des origines romaines, ou encore la réélaboration d’une croyance ancienne face aux nouveaux outils de la philosophie. En résumé, nous observerons comment la représentation de l’Etrusca Disciplina constitue un terrain d’étude important pour comprendre la manière dont les Romains redéfinissent les frontières de leur identité à partir d’un savoir étranger, à la fois intégré, transformé et (parfois) maintenu à distance.