Enregistrer les épidémies dans EM-DAT : normalisation, automatisation et élargissement des sources (2000-2001)
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- Contexte. La base de données EM-DAT, gérée depuis plus de cinquante ans par le Centre de recherche sur l'épidémiologie des désastres (CRED, UCLouvain), constitue une référence mondiale pour la documentation des catastrophes. Sa couverture des épidémies demeure toutefois incohérente et lacunaire, faute de méthodologie normalisée d'enregistrement. Or la disponibilité de données historiques fiables conditionne la décision en santé publique, la modélisation prédictive et la préparation aux menaces épidémiques. Objectif. Ce travail examine comment améliorer la complétude, la cohérence et la reproductibilité des enregistrements épidémiques dans EM-DAT, à travers trois approches : la standardisation du processus d'encodage, l'automatisation de l'extraction par intelligence artificielle et l'élargissement des sources aux organisations non gouvernementales. Méthodes. Le dispositif, de nature méthodologique, associe trois volets portant sur les évènements épidémiques survenus en 2000 et 2001, sans restriction géographique. Le premier est une étude documentaire rétrospective : revue systématique de cinq sources institutionnelles de surveillance et encodage des évènements éligibles selon un protocole élaboré au fil du processus et adossé à des référentiels internationaux (ICD-11, GADM 4.1, ISO 3166, UN M49, WorldPop). Le deuxième est une étude de validation comparant une extraction assistée par grand modèle de langage à une référence construite manuellement, l'exactitude étant mesurée champ par champ avec intervalles de confiance. Le troisième est une étude de cas exploratoire à méthode mixte séquentielle, conduite auprès d'une organisation médico-humanitaire et articulant un questionnaire en ligne à un entretien semi-directif. Résultats. L'examen de 2 464 publications a conduit à l'enregistrement de 408 entrées : 197 épisodes épidémiques d'infections aiguës, attribués à 31 micro-organismes et répartis sur 82 pays, auxquels s'ajoutent 211 enregistrements pays-année relatifs au VIH/sida. Hors VIH/sida, le corpus totalise 2 319 363 cas et 16 869 décès, contre 1 320 582 cas et 15 549 décès dans la version initiale d'EM-DAT. L'extraction assistée par modèle de langage atteint une exactitude globale de 80,4 %, maximale sur les variables de normalisation géographique et de classification, mais faible sur la localisation infranationale, les codes administratifs, la population exposée et la ventilation des cas par statut ; ses erreurs les plus coûteuses sont silencieuses, produisant des valeurs plausibles mais fausses. Au sein de l'organisation étudiée, la donnée relève d'une logique strictement instrumentale, subordonnée aux impératifs de soin et de sécurité des patients ; quatre déterminants — revendication d'indépendance, sursollicitation, risques opérationnels et réciprocité conditionnelle — encadrent toute perspective de partage. Conclusion. Un protocole d'enregistrement normalisé et documenté améliore sensiblement la complétude et la cohérence des données épidémiques d'EM-DAT, sur une période pourtant peu favorable. L'automatisation constitue un appui réaliste à condition d'être supervisée, l'effort de contrôle devant se concentrer sur les champs les moins fiables. Les données détenues par les ONG ne peuvent alimenter la base que sur un mode conditionnel, adossé à un bénéfice opérationnel explicite. L'attribution d'un identifiant unique par épidémie, la documentation des dénominateurs et des statuts de cas et la distinction entre données notifiées et estimations modélisées constituent les recommandations directement transposables aux procédures d'EM-DAT.