Écrire la création, romancer le geste : Regards sur la figure de Michel-Ange dans Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias Énard et Pietra viva de Léonor de Récondo
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- Notre mémoire propose une comparaison entre deux romans français contemporains : Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias Énard (2010) et Pietra viva (2013) de Léonor de Récondo. Ces romans mobilisent la figure de Michel-Ange et situent leurs intrigues dans la même période de la carrière du créateur – 1505 pour Pietra viva et 1506 pour Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants. Là où Léonor de Récondo met en scène un épisode historique avéré – le voyage de Michel-Ange dans les carrières de Carrare en vue de sélectionner les marbres dédiés au tombeau de Jules II –, Mathias Énard s’intéresse à un séjour hypothétique du sculpteur à Constantinople, où il aurait été invité par le sultan Bayazid pour concevoir un pont sur la Corne d’Or. Le recours à la figure de Michel-Ange permet aux romanciers d’interroger leur propre acte de création. Nous entendons ici « figure » en un sens précis, qui permet d’aller au-delà de la simple représentation. Nous l’explicitons en nous référant à ce qu’il est convenu d’appeler la « pensée figurale ». L’analyse croisée des deux romans montre que le processus de création se construit dans l’écart et est marqué par une inadéquation. Chez Énard comme chez Récondo, les œuvres de Michel-Ange restent en suspens, les gestes sont interrompus et les descriptions du travail ou des œuvres apparaissent le plus souvent en creux. L’artiste n’est pas celui qui maitrise son acte et crée naturellement une œuvre achevée. Au contraire, le processus créateur dans son entièreté est fragilisé par les épreuves de l’altérité : la résistance de la matière, les contraintes du pouvoir et les tourments intérieurs. Dans un dernier temps, nous analysons la poétique romanesque d’Énard et de Récondo. Nous mettons en évidence les formes littéraires spécifiques par lesquelles leur écriture se nourrit de son rapport aux arts visuels en se déplaçant vers eux. Enfin, parce que notre parcours aura montré comment le langage se creuse par sa relation à d’autres arts, et considérant que cette relation s’ouvre ainsi à un horizon infini, nous esquissons un nouveau décentrement de la littérature en direction du cinéma, avec une brève analyse du film Il peccato (Michel-Ange, 2019) d’Andreï Konchalovsky.