L'impossible statut de victime ? La réception des plaintes des travailleur·euses du sexe, par la police et la justice.

(2026)

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Entre reconnaissance légale et mise à l’épreuve des pratiques institutionnelles, les personnes se prostituant en Belgique se voient souvent refuser le statut de « victime idéale » lorsqu’elles déposent plainte. Cette recherche interroge les mécanismes institutionnels, sociaux et symboliques qui entravent leur accès à la justice. Sur la base d’une enquête qualitative menée par entretiens semi-directifs (n=9) auprès de policiers spécialisés, d’associations d’aide et de personnes prostituées, ce travail analyse les freins et les conditions d’une réception effective des plaintes. L’analyse thématique des discours met en évidence une fracture importante entre des services de police spécialisés, formés et empathiques, et une police de première ligne moins bien préparée, parfois stigmatisante. La confiance, souvent construite via les associations, apparaît comme un prérequis absolu sans lequel la plainte n’est même pas envisagée. Par ailleurs, les récentes réformes de décriminalisation (2022) et de reconnaissance du statut (2024) produisent des effets paradoxaux : invisibilisation de la prostitution dans le secteur privé, persistance des stéréotypes, et sentiment d’impunité renforcé par l’absence de retour d’information judiciaire. L’étude conclut que l’écart entre le droit formel et les pratiques quotidiennes de la police et de la justice reste considérable, et que seule une formation systématique, une collaboration multidisciplinaire et un suivi effectif des plaintes pourraient permettre de dépasser ces obstacles.