Préserver la tradition, négocier le changement : l'évolution de la place des femmes dans les Marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse reconnues par l'UNESCO

(2026)

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Les Marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse, inscrites depuis 2012 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, constituent des traditions vivantes profondément ancrées dans l’histoire et l’identité des communautés qui les portent. Dans un contexte marqué par l’évolution des rapports de genre et des attentes en matière d’égalité, ce mémoire analyse la manière dont ces institutions patrimoniales concilient la préservation de leur identité et de leurs traditions avec l’évolution de la place des femmes en leur sein. La recherche repose sur une démarche qualitative fondée sur six entretiens semi-directifs menés auprès de responsables des Marches étudiées. Les données recueillies ont fait l’objet d’une analyse thématique articulée autour de la gouvernance et des jeux d’acteurs, de l’influence de l’UNESCO, de la place des femmes, des résistances et mécanismes d’adaptation ainsi que des perspectives d’évolution. Leur interprétation mobilise principalement les apports du féminisme institutionnel, de la sociologie des organisations et des théories de la légitimité institutionnelle. Les résultats mettent en évidence des institutions historiquement structurées par une répartition genrée des rôles, mais engagées dans un processus d’évolution progressive. L’ouverture de nouvelles fonctions aux femmes ne se présente pas comme une rupture uniforme avec les pratiques antérieures. Elle résulte davantage de processus de négociation, d’adaptation et de légitimation portés par les acteurs des Marches eux-mêmes. Si des résistances subsistent et si les rythmes d’évolution diffèrent selon les contextes locaux, les transformations observées tendent progressivement à s’intégrer au fonctionnement des institutions. Cette recherche montre ainsi que préservation des traditions et changement institutionnel ne sont pas nécessairement contradictoires. La pérennité d’un patrimoine culturel immatériel peut également reposer sur la capacité des communautés à distinguer les éléments considérés comme constitutifs de leur identité des modalités de participation susceptibles d’évoluer. L’évolution de la place des femmes apparaît dès lors comme l’une des manifestations de la capacité de ces institutions patrimoniales vivantes à négocier le changement tout en maintenant leur continuité et leur légitimité.