« L'unif ne veut pas de moi ! » La grossophobie en milieu académique au prisme du genre : Stratégies d’adaptation des personnes grosses en Belgique francophone et en France
Files
MAUGHAN_51650600_2025.pdf
Open access - Adobe PDF
- 6.05 MB
Details
- Supervisors
- Faculty
- Degree label
- Abstract
- Ce mémoire analyse comment la grossophobie, au prisme du genre, façonne les parcours des personnes perçues comme grosses dans la recherche académique en Belgique francophone et en France. Croisant approche sociologique et études de genre, il mobilise la théorie du stigmate d’Erving Goffman pour analyser les expériences de sept personnes dans le milieu académique. L’université, tout en revendiquant des idéaux d’universalisme et d’égalité, reste traversée par des mécanismes reproduisant des inégalités de genre et valorisant un idéal masculin du « bon » chercheur. Parallèlement, la médicalisation et la moralisation de la grosseur alimentent des stéréotypes associant corpulence et manque de rigueur, impactant particulièrement les femmes grosses dont le corps s’éloigne davantage des normes dominantes. Les situations de stigmatisation rapportées (commentaires sur le corps, sur la nourriture, etc.) sont communes à toutes les sphères professionnelles. Cependant, certaines discriminations (matériel inadapté, exclusion de dispositifs collectifs, évaluations biaisées) sont structurelles et renforcées par les valeurs méritocratiques et genrées de la culture académique. L’impensé du corps gros dans la recherche empêche la remise en question des institutions universitaires. Face à la stigmatisation, les personnes concernées recourent à diverses stratégies d’évitement et de protection. Celles-ci s’apparentent à du passing de genre et de corpulence: contrôle du corps, surinvestissement intellectuel, adoption de codes masculins, afin de compenser la « déviance » perçue et prouver la légitimité des personnes grosses. Ce travail souhaite interroger les critères d’excellence académique pour encourager l’intégration de la lutte contre la grossophobie dans les politiques universitaires, condition nécessaire à un champ scientifique réellement inclusif.This thesis examines how weight stigma, through a gendered lens, shapes the experiences of people perceived as fat within academic research in French-speaking Belgium and France. Combining a sociological approach with gender studies, it draws on Erving Goffman’s theory of stigma to analyse the narratives of seven participants. Although universities profess ideals of universalism and equality, they remain permeated by mechanisms that reproduce gender inequalities and uphold a masculine ideal of the “good” researcher. At the same time, the medicalisation and moralisation of fat fuel stereotypes linking weight to a lack of rigour, which particularly disadvantage fat women, whose bodies deviate further from dominant norms. Participants reported experiences of stigmatisation (remarks about their bodies or eating habits) that are common across professional contexts. However, reported forms of discrimination (ill-adapted equipment, exclusion from activities, biased evaluations) are structural in nature and reinforced by the meritocratic and gendered values of academic culture. The fat body remains inconceivable within the academic space, a perception that prevents institutions from engaging in a critical examination of their own practices. To counter weight stigma, participants deploy various strategies of avoidance and self-protection, akin to gender and weight passing: controlling their bodies, overperforming, heavily investing in intellectual capital, and adopting masculine codes, in order to compensate for perceived “deviance” and assert their legitimacy. This research challenges the prevailing ideal of academic excellence and advocates for the integration of anti-weight-stigma policies in universities, an essential step toward a genuinely inclusive scientific community.