Optimisation d’un produit de biocontrôle « Attract and Kill » contre les larves de taupin en culture de betteraves.
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- Les larves de taupins (Agriotes spp., Coleoptera : Elateridae) constituent un ravageur majeur de nombreuses cultures d’importance économique en Europe. Suite à la restriction des insecticides néonicotinoïdes, le développement de méthodes de contrôle alternatives est devenu indispensable. L’approche « Attract and Kill » constitue une approche prometteuse, combinant l'émission de signaux sémiochimiques pour manipuler le comportement olfactif du ravageur et l'utilisation d'un agent biocide pour entrainer sa mortalité. Cette étude visait à évaluer le potentiel d'une stratégie associant des agents attractifs (le jus de pomme de terre et la levure Cyberlindnera saturnus) au champignon entomopathogène Metarhizium anisopliae. Trois axes ont été étudiés : (i) l'évaluation des synergies olfactives, (ii) la compatibilité des microorganismes au sein de la formulation, et (iii) l'impact de ce dispositif sur les taupins et la physiologie de plants de betterave (Beta vulgaris) lors d'essais en serre. Les analyses comportementales en olfactomètre ont mis en évidence une préférence marquée des larves pour le jus de pomme de terre par rapport à la levure seule (82 % contre 18 %). Toutefois, la combinaison de ces deux agents a généré une attractivité globale significativement supérieure au contrôle (66 % contre 34 %), démontrant une forte complémentarité fonctionnelle entre les composés organiques volatils (COVs) à action rapide du jus de pomme de terre et le CO₂ produit de manière continue par la levure. Dans un second temps, les essais en microcosmes ont validé la viabilité biologique du dispositif : la présence de C. saturnus n'exerce aucun antagonisme sur la virulence de M. anisopliae, permettant le maintien d'une mortalité larvaire significative. De plus, des analyses en microscopie confocale ont révélé un comportement endophyte des deux microorganismes. Cette capacité à coloniser les tissus végétaux enrichit considérablement la stratégie « Attract and Kill » : au-delà de l'infection externe dans la rhizosphère, l'intégration intime du champignon à la plante offre potentiellement une barrière biologique interne et une stimulation directe des défenses de la culture. Lors des expérimentations menées en serre, bien que l'effet protecteur direct de la formulation sur la biomasse n'ait pu être statistiquement quantifié en raison d'une récolte précoce au stade quatre feuilles, des réponses physiologiques fines ont été mises en évidence. Le suivi fluorimétrique a révélé que les plants inoculés avec M. anisopliae présentaient une modification transitoire de leur activité photosynthétique, suggérant un coût métabolique lié à l'établissement de la symbiose endophyte. Parallèlement, en présence du ravageur, les plants exposés aux seuls attractants ont affiché un taux de chlorophylle supérieur au contrôle, indiquant une forme de compensation physiologique face au stress biotique. Ces résultats valident la compatibilité fonctionnelle des composants de cette stratégie et confirment l'intérêt d'une attraction multimodale. Ils soulignent le potentiel d'une protection intégrée où le comportement endophyte renforce l'action biocide, et posent les jalons nécessaires à l'optimisation des doses en vue de futures applications au champ.