Estimation temporelle dans le trouble sévère de l'usage de l'alcool - Etudier les liens entre la consommation d'alcool et la perception du temps

(2025)

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Le trouble sévère de l’usage de l’alcool (TSUA), recouvrant les catégories antérieures d’abus et de dépendance, est un trouble complexe et multidimensionnel, impliquant des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux (West & Brown, 2013). Les effets de l’abus chronique d’alcool affectent durablement le fonctionnement cérébral des régions corticales, entraînant des altérations structurelles et fonctionnelles, en particulier au niveau des zones frontales impliquées dans le contrôle cognitif (Bühler & Mann, 2011; Maes et al., 2000; Medina et al., 2008). En plus des dommages cérébraux structurels généralisés, ces altérations contribuent aux difficultés neuropsychologiques fréquemment observées dans le TSUA. Les déficits cognitifs, en particulier attentionnels, exécutifs et mnésiques, associés au TSUA constituent également les mêmes processus cognitifs qui modifient la perception du temps, suggérant ainsi que le TSUA pourrait être lié à des déficits de perception du temps (Nuyens et al., 2021). Cependant, l’influence du TSUA sur l’estimation temporelle demeure un sujet de débat dans la littérature scientifique par l’observation de résultats divergents. Ces résultats disparates pourraient en grande partie s’expliquer par la grande hétérogénéité des profils cognitifs observée dans cette population clinique. L’approche d’inférence bayésienne a été adapté au domaine du temps afin de l’expliquer plus précisément et de façon neurophysiologiquement plus plausible (Rhodes, 2018). Ainsi, la présente étude incorpore et utilise un modèle bayésien afin d’évaluer les capacités temporelles au sein d’une population TSUA, et ce en prenant également en compte leurs capacités cognitives dans le but d’enrichir les connaissances théoriques et cliniques dans ce domaine et d’y apporter une meilleure compréhension quant à cette interaction. Par conséquent, les objectifs de cette étude sont doubles : (1) explorer les capacités temporelles chez les personnes souffrant de TSUA à travers un cadre bayésien et (2) distinguer les rôles de la mémoire épisodique et de la mémoire de travail dans ce modèle temporel. Notre première hypothèse inclut l’idée que la population TSUA qui présente des troubles cognitifs pourraient être plus à risque de déficits de perception du temps que la population TSUA préservée sur le plan cognitif, qui présenterait des performances similaires aux témoins sains. Les résultats obtenus confirment que partiellement et de façon plus nuancée cette hypothèse, mettant en évidence la complexité de cette interaction. Notre seconde hypothèse inclut l’idée que la mémoire de travail devrait jouer un rôle plus central dans la reproduction de durées courtes, tandis que la mémoire épisodique interviendrait davantage pour les longues durées. Les résultats obtenus ne soutiennent que partiellement cette hypothèse : seule la mémoire épisodique est ressortie comme un prédicteur significatif de la précision temporelle pour toutes les durées, mettant en évidence le rôle plus central et général de la mémoire épisodique.