L’impact de la crise suicidaire du patient sur les psychologues en équipe mobile de crise
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- Plus d’un clinicien sur deux a rencontré un patient présentant des idées suicidaires durant l’année écoulée tandis que la probabilité pour un psychologue de perdre un patient par suicide durant sa carrière peut atteindre 92% dans certains milieux professionnels. En Belgique, les équipes mobiles de crise (EMC) sont, par la nature de leur mission, en contact avec des patients en crise suicidaire. Cette crise peut prendre la forme d’idées suicidaires, de tentatives de suicide ou de passage à l’acte. Ce mémoire traite de cette question : comment la crise suicidaire du patient impacte-t-elle les psychologues en équipe mobile de crise ? Au travers de l’analyse thématique d’entretiens semi-directifs menés auprès de sept psychologues travaillant en EMC, cette recherche qualitative permet d’établir différentes réflexions sur l’impact, personnel ou professionnel, de la crise suicidaire du patient, les facteurs d’influence qui augmentent ou diminuent cet impact et les stratégies d’adaptation déployées individuellement ou au niveau organisationnel. Les résultats révèlent des impacts personnels tels que des émotions vives, une attention accrue à la santé mentale dans la vie privée et une influence durable de la mort du patient. Au niveau professionnel, les psychologues des EMC expliquent se questionner sur leur clinique et sur la déontologie, modifier leur manière de travailler et avoir besoin d’un cadre institutionnel plus formel. Certains facteurs facilitant ou complexifiant ce type de prise en charge ont émergé : la relation thérapeutique, le diagnostic et l’âge du patient. Les spécificités des EMC, comme la mobilité, l’implication des proches et le travail en équipe influencent également cette clinique particulière. Aussi, les psychologues des EMC mettent en place des stratégies aidantes, que ce soit en cas de travail avec les personnes suicidaires ou en cas de passage à l’acte : le soutien des collègues et des proches, la supervision et la thérapie personnelle. Les stratégies organisationnelles sont, elles, peu évoquées : les participants constatent surtout un besoin de protocoles, de procédures et de formations. Les résultats génèrent aussi beaucoup de questions telles que l’influence du suicide au niveau personnel, celle des spécificités des EMC et des croyances spirituelles. Ils mettent aussi en lumière l’intérêt d’un temps de « digestion » des évènements et la nécessité de posséder de bons outils pour qu’ils se sentent en sécurité.