Du non-dit à la menace : L'esthétique théâtrale de Jean Sigrid

(2023)

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Plongé dans l’atmosphère mystérieuse des pièces de théâtre de Jean Sigrid, auteur belge de la seconde moitié du XXe siècle, le lecteur-spectateur est confronté à des œuvres qui portent en elles un non-dit menaçant. En effet, le non-dit, principe moteur du théâtre sigridien, se glisse entre les mots et les blancs de l’écriture et devient le représentant d’une présence tierce, partout et en tout temps ressentie mais invisible au premier regard. Dès lors, nous nous demandons quels sont les moyens langagiers et scéniques mis en place par Jean Sigrid pour faire de son théâtre le lieu d’une esthétique de la suggestion et du suspense, faisant du non-dit qui plane une menace permanente ? En outre, le non-dit dont il est question ne tend-il pas vers le recommencement infini des pièces, vers la répétition cyclique du temps et de l’espace ? ne tend-il pas vers la perte infinie de repère ? Jean Sigrid suggère une existence troublée par un « moment » et évoque des faits et des dits qu’il laisse prendre place dans l’espace-temps de chacune de ses pièces. Cependant, il ne les explique ni ne les définit. L’angoisse s’installe alors puisque l’effet continuel du non-dit inquiète les personnages et le lecteur-spectateur, tourmentés par la présence permanente de la menace qui plane au-dessus d’eux. En somme, c’est le sentiment de menace éprouvé par les personnages et le lecteur-spectateur qui guide leur avancée dans l’univers de l’auteur. Le chemin qu’empruntent les personnages n’est d’ailleurs qu’une boucle infinie de leurs désirs, de leurs doutes, et de leurs traumatismes. Le lecteur-spectateur ne cesse alors de se demander quel message retirer des pièces de l’auteur, tout en éprouvant un sentiment de malaise qui se maintient après la lecture des œuvres. Ainsi, le lecteur-spectateur, tout comme les personnages, ressort désorienté de sa lecture et finit par perdre tout repère.
Immersed in the mysterious atmosphere of the plays by Jean Sigrid, a Belgian playwright from the second half of the twentieth century, the reader-viewer is confronted with works that carry a threatening unspoken message. Indeed, the unspoken, the driving principle of Sigrid's theatre, slips between the words and the blanks in the writing and becomes the representative of a third presence, felt everywhere and at all times but invisible at first glance. So we wonder what linguistic and scenic means Jean Sigrid uses to make his theatre the site of an aesthetic of suggestion and suspense, turning the unspoken into a permanent threat? Moreover, doesn't the unsaid tend towards the infinite repetition of plays, towards the cyclical repetition of time and space? Doesn't it tend towards the infinite loss of reference points? Jean Sigrid suggests an existence troubled by a 'moment' and evokes facts and words that he allows to take their place in the space-time of each of his pieces. However, he neither explains nor defines them. Anxiety then sets in, as the continual effect of the unspoken worries the characters and the reader-viewer, tormented by the constant presence of the threat hovering over them. In short, it is the sense of threat felt by the characters and the reader-viewer that guides their progress through the author's universe. The path the characters take is nothing more than an infinite loop of their desires, doubts and traumas. The reader-spectator is left wondering what message to take away from the author's plays, while at the same time experiencing a sense of unease that lingers after reading the works. In this way, the reader-spectator, like the characters, emerges disorientated from his or her reading and ends up losing all bearings.