Exploration des capacités intéroceptives respiratoires chez les fumeurs de cigarettes
Files
Flament_30591800_2025.pdf
UCLouvain restricted access - Adobe PDF
- 1.49 MB
Details
- Supervisors
- Faculty
- Degree label
- Abstract
- Le tabagisme constitue un enjeu majeur de santé publique et reste largement répandu malgré les campagnes de prévention. La dépendance à la nicotine s’accompagne fréquemment d’un craving, défini comme un besoin urgent et difficile à contrôler de consommer une cigarette. Ce phénomène reste encore partiellement compris, notamment dans ses liens avec les signaux corporels internes. Dans ce contexte, la présente étude s’intéresse au rôle de l’intéroception, c’est-à-dire la capacité à percevoir et interpréter les sensations internes du corps, et plus particulièrement aux sensations respiratoires associées à l’acte de fumer qui restent peu explorées dans le domaine des addictions. L’objectif principal de cette recherche est d’évaluer si la perception des sensations respiratoires diffère selon le statut tabagique (fumeur vs non-fumeur) et selon l’état des fumeurs (craving vs satiété). Sur la base de la littérature, comme les sensations respiratoires jouent un rôle central dans les dimensions sensorielles et motivationnelles du comportement de fumer, un lien était attendu entre le statut tabagique et l’intéroception respiratoire, ainsi qu’entre le craving et cette même perception. Pour tester ces hypothèses, une tâche de détection de variations de résistance inspiratoire, la "Respiratory Resistance Sensitivity Task", a été administrée à 32 participants (15 fumeurs et 17 non-fumeurs), avec deux sessions expérimentales chez les fumeurs (après une période d’abstinence et en état de satiété). Cette tâche permet d’évaluer à la fois la sensibilité perceptive respiratoire et la conscience métacognitive. Les résultats n’ont pas révélé de différences significatives entre les groupes ni entre les conditions, ce qui suggère une absence d’effet direct du craving ou du statut tabagique sur l’intéroception respiratoire avec le protocole utilisé. Plusieurs éléments pourraient toutefois expliquer ces résultats, notamment la difficulté de la tâche, le caractère neutre des sensations respiratoires induites, ou encore une variabilité interindividuelle importante. Ces éléments soulignent la complexité du lien entre intéroception respiratoire et tabagisme. Les perspectives ouvertes par cette étude encouragent le développement de protocoles plus écologiques, l’intégration de mesures subjectives ou neurophysiologiques, ainsi qu’une meilleure prise en compte des facteurs individuels susceptibles d’influencer les capacités d’intéroception. Il serait également pertinent d’élargir et de diversifier les échantillons pour mieux capter les effets potentiels de la dépendance et du craving dans des profils plus variés. À terme, ces recherches pourraient contribuer à mieux comprendre les mécanismes corporels impliqués dans la dépendance et le craving, et à enrichir les approches cliniques d’accompagnement du sevrage tabagique.