Les limites (défis) de la régionalisation du maintien de la paix : cas relatif de l’East African Community Regional Force (EAC-RF) en République Démocratique du Congo de 2022-2023

(2026)

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Ce travail analyse les limites de la régionalisation du maintien de la paix en Afrique à travers le cas de l’East African Community Regional Force (EAC-RF), déployée en République démocratique du Congo entre 2022 et 2023 dans un contexte marqué par la dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est du pays, notamment avec la résurgence du Mouvement du 23 mars (M23) et la multiplication des groupes armés. L’étude cherche à déterminer dans quelle mesure les difficultés rencontrées par cette force régionale mettent en évidence les limites de la régionalisation du maintien de la paix et de la sécurité en Afrique. Pour répondre à cette question, la recherche adopte une approche qualitative fondée sur une étude de cas unique. Elle s’appuie principalement sur une analyse documentaire de sources officielles de la Communauté de l’Afrique de l’Est, des Nations Unies, de la MONUSCO et des autorités congolaises, complétées par des ouvrages scientifiques, des articles académiques et des rapports d’organisations spécialisées. Ces données ont été analysées au moyen d’une analyse de contenu qualitative afin d’identifier les principaux facteurs ayant influencé la mise en œuvre et les résultats de la mission. Les résultats montrent que, malgré certaines avancées, notamment dans le suivi du cessez-le-feu, la réduction des affrontements dans certains secteurs, la réouverture de certains axes et l’amélioration de l’accès humanitaire, l’EAC-RF n’a pas pleinement atteint les objectifs qui lui avaient été assignés. Son efficacité a notamment été limitée par l’ambiguïté de son mandat, qui associait des objectifs militaires, politiques et diplomatiques sans établir clairement leur hiérarchie. Cette situation a entraîné des divergences d’interprétation entre les États contributeurs et les autorités congolaises, particulièrement dans la gestion de la crise du M23. À cela se sont ajoutées les divergences politiques entre les États membres, les difficultés de coordination entre l’EAC-RF, les FARDC et la MONUSCO, ainsi que la perception d’inefficacité et le manque de confiance exprimés par une partie des populations locales. L’étude montre également que la faible articulation entre les différents processus de paix régionaux, notamment ceux de Nairobi et de Luanda, a contribué à fragmenter la réponse à la crise et à compliquer la mise en œuvre du mandat de la force. Ainsi, l’expérience de l’EAC-RF montre que la régionalisation du maintien de la paix peut constituer un mécanisme pertinent de réponse aux crises africaines, mais son efficacité dépend de l’existence d’un mandat clair, d’une volonté politique commune, d’une coordination efficace entre les acteurs et d’une articulation cohérente entre les dimensions militaires et diplomatiques. La proximité régionale et le déploiement d’une force ne suffisent donc pas, à eux seuls, à garantir le succès d’une opération de maintien de la paix.